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Kosovo

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Drapeau du Kosovo
Drapeau du Kosovo

État de l'Europe balkaniquele Kosovo est limité au S.-O. par l'Albanieà l'O. par le Monténégroau N. et à l'E. par la Serbie et au S.-E. par la Macédoine du Nord.

  • Superficie : 10 908 km2
  • Nombre d'habitants : 1 756 366 (2023)
  • Nom des habitants : Kosovars
  • Capitale : Priština
  • Langues : albanais et serbe
  • Chef de l'État : Vjosa Osmani
  • Chef du gouvernement : Albin Kurti
  • Nature de l'État : république à régime parlementaire
  • Constitution :
    • Adoption : 9 avril 2008
    • Entrée en vigueur : 15 juin 2008
    • Révisions : septembre 2012mars 2013

STATISTIQUES : DÉMOGRAPHIE

  • Population : 1 756 366 hab. (2023)
  • Densité : 165 hab./km2
  • Part de la population urbaine (2024) : N / A %
  • Structure de la population par âge (2024) :
    ● moins de 15 ans : 24 %
    ● 15-65 ans : 66 %
    ● plus de 65 ans : 10 %
  • Taux de natalité (2024) : 13 ‰
  • Taux de mortalité (2024) : 6 ‰
  • Taux de mortalité infantile (2024) : 26 ‰
  • Espérance de vie (2024) :
    ● hommes : 82 ans
    ● femmes : 77 ans

La population d'origine albanaiseen grande partie musulmanereprésente environ 85 % de la population totale du Kosovoavec un taux élevé de fécondité. Après la guerre de 1999le pays a vu tour à tour la moitié des Albanais puis de nombreux Serbes contraints à l'exil. Les principales villes sont Prištinala capitaleet Prizrendans le Sud. Les moins de 15 ans représentent le quart de la population totale.

STATISTIQUES : ÉCONOMIE

  • GÉNÉRALITÉS
  • RNB (2023) : 11 milliards de dollars
  • RNB/hab. (2023) : 6 020 dollars
  • RNB/hab.PPA (2023) : 13 916 dollars internationaux
  • IDH : n.d.
  • Taux de croissance annuelle du PIB (2023) : 4,1 %
  • Taux annuel d'inflation (2023) : 4,9 %
  • Structure de la population active (2012) :
    ● agriculture : 4,6 %
    ● mines et industries : 28,4 %
    ● services : 67 %
  • Structure du PIB (2023) :
    ● agriculture : 7,2 %
    ● mines et industries : 26,3 %
    ● services : 66,5 %
  • Taux de chômage (2022) : 12,1 %
  • Tourisme
  • Recettes touristiques : n.d.
  • Commerce extérieur
  • Exportations de biens (2023) : 941 millions de dollars
  • Importations de biens (2023) : 5 915 millions de dollars
  • Défense
  • Forces armées (2008) : 1 000 individus
  • Dépenses militaires (2023) : 1,3 % du PIB
  • Niveau de vie
  • Incidence de la tuberculose pour 100 000 personnes : n.d.
  • Part en % des richesses détenues par les 10 % les plus élevés : n.d.
  • Part en % des richesses détenues par les 50 % les moins élevés : n.d.
  • Dépenses publiques d'éducation : n.d.

Depuis son indépendancele Kosovo a bénéficié de l'aide financière internationaledes envois de fonds de sa diaspora et d'une augmentation des investissements privés et publics qui ont permis une croissance régulière (de 5 à 6 % par an) depuis 2010. Si près de 20 % de sa population vit en dessous du seuil national de pauvreté le taux de chômage a baissé pour atteindre environ 11 % en 2023 (17 % parmi les jeunes)ses ressources minières (ligniteplombnickelzinc…) et son agriculture sont des atouts potentiels pour son développemententravéscependantpar de mauvaises infrastructuresune importante économie informelle et un niveau de corruption inquiétant. Le défi du pays est aujourd'hui de diversifier son économie et de poursuivre la normalisation de ses relations avec la Serbiedont les progrès avaient conduit à un accord de stabilisation et d'association avec l'UEentré en vigueur en 2016mais sont toujours menacés par la persistance des tensions depuis les élections de 2019 et 2021. Le FMI apporte de son côté également son appui au pays contre un programme de réformes. La réduction des remises des émigrésdes investissements étrangers et des exportations à la suite de la pandémie de Covid–19 entraîne une récession de plus de 5 % en 2020. Une aide d'urgence du FMI est accordée comme à d'autres États des Balkans non membres de l'UE. Après la forte reprise en 2021 et le choc inflationniste (12% en 2022)la croissance est estimée à 3,8 % en 2024.

GÉOGRAPHIE

Le territoire du Kosovo comprend les bassins tectoniques du Kosovo au sens strict (Kosovo Polje) et de la Metohijaet leurs bordures montagneusesqui dépassent parfois 2 500 m (ProkletijeŠar Planina). La population d'origine albanaiseen grande partie musulmanereprésente environ 85 % de la population totaleavec un taux élevé de fécondité. Une minorité serbe vit dans le nord du pays. Le développement de ce qui était jusqu'à la déclaration unilatérale de l'indépendanceen 2008une région de la Yougoslavie puis de la Serbie s'est traduit par la création de quelques industriesà Kosovska Mitrovica (extraction et métallurgie du plomb et du zinc) et près de Priština (mines de lignite alimentant des centrales thermiques). L'artisanat (tapiscuirscuivresfiligranes d'argent) est présent à Prizren et à Peć. Le Kosovo dispose d'abondantes réserves de lignitede bauxite et de nickelpeu exploitées. La guerre de 1999qui a vu tour à tour la moitié des Albanais puis de nombreux Serbes contraints à l'exila aggravé les difficultés économiques (bas niveau de viecampagnes surpeupléeschômage considérable) de ce territoireaujourd'hui le plus pauvre d'Europequi dépend de l'aide internationale.

Cinquante-quatre paysdont la plupart des pays occidentauxainsi que la Macédoine et le Monténégroont reconnu l'indépendance du Kosovo. Cinq pays membres de l'Union européenne n'ont pas reconnu cette indépendance : il s'agit de Chyprede l'Espagnede la Grècede la Roumanie et de la Slovaquie.

Plusieurs organisations internationales ont d'importantes responsabilités au Kosovo. La Mission européenne de police et de justiceEULEXdoit veiller à l'application de la loi dans trois secteursla justicela police et les douanes. La Mission des Nations unies au Kosovola Minuka administré le pays depuis 1999 et a été reconfigurée en 2008. Enfinla Force de maintien de la paix au Kosovola KFORdispose de quelque 5 000 soldats de l'Otan et a pour mission d'assurer la sécuritéen particulier dans les régions où les Serbes sont majoritairescomme Mitrovica.

HISTOIRE

Les importants vestiges archéologiques (préhistoriquesillyriensromainsbyzantins) qui se trouvent au Kosovo prouvent l'ancienneté de la présence humaine sur ce territoire. Avant la conquête romaineles Dardaniensune population probablement apparentée aux Illyrienshabitent les régions correspondant à l'actuel Kosovo. Ils sont progressivement romanisés à partir du iie siècle avant J.-C.

1. La terre de plusieurs peuples

Aujourd'hui encoredes Albanaisdes Serbesdes Rom (Tsiganes)des Ashkalides Turcsdes Bochniaques (Slaves musulmans s'exprimant en serbe)des Gorani (Slaves musulmans habitant les montagnes du Šarentre le Kosovo et la Macédoine du Nordet parlant une langue de la famille macédo-bulgare)des Croates vivent au Kosovo.

Ces communautés ont vécu de longues périodes en paixsinon ensembledu moins en entretenant des relations de bon voisinage. Dans nombre de villagesl'entraide et la solidarité étaient de mise. Dans de grandes villes telles que Prizrendes habitants utilisent encore quotidiennement quatre langues : l'albanaisle serbele turc et le romani. Pourtantla multiethnicité du Kosovo a été gravement mise à mal par les conflits du xxe siècle.

Au sein de l'Empire ottoman quijusqu'en 1912distingue les différentes populations de la Turquie d'Europe selon des cadres confessionnels et non « nationaux »les appartenances identitaires sont soumises à nombre d'évolutions et de basculements. Durant des sièclesles critères d'identifications communautaires sont moins « nationaux » que socioprofessionnels ou religieux. Sont ainsi qualifiés de « Turcs » l'ensemble des musulmans de la Rouméliela Turquie d'Europequ'ils soient albanaisslaves ou d'une autre origine.

Depuis l'introduction au xixe siècle du concept d'État-nation dans les Balkans et l'émergence de « mythologies nationales »les différentes populations du Kosovo doivent définir leur appartenance nationale. Dans le choc entre les nationalismes albanais et serbequi revendiquent de manière exclusive le Kosovoles « petits peuples » de la région sont sommés de s'intégrer ou de disparaître. Ainsiles Bochniaques et les Gorani qui vivent encore au Kosovo sont la proie d'une « albanisation » rapide. Pour sa partBelgrade considère ces populations comme des « Serbes islamisés ».

2. Des revendications nationales croisées

Afin de s'affranchir de la tutelle ottomaneles États balkaniques affirment progressivement depuis le début du xixe siècle leurs identités nationales. Ces constructions identitaires passent toujours par l'élaboration de « mythologies historiques » opposées à celles des voisins. Elles s'appuient sur l'exhumation de héros « nationaux » et sur l'affirmation de droits « historiques ».

2.1. Le « berceau de la nation serbe »

Ainsipour Belgradele Kosovo est le « berceau de la nation serbe »une terre sacrée où se trouvent les plus prestigieux monastères orthodoxes (la patriarchie de Pećde Visoki Dečanide Gračanica …). Les plaines du Kosovo et de Metohija ont été le cœur de la principauté des Nemanjić (xiie-xive siècles). En 1209l'Église orthodoxe serbe obtient de Constantinople l'autocéphalie. Le siège patriarcal de cette Église est toujours fixé à Peć. En 1346le prince Dušan Nemanjić se proclame tsarc'est-à-dire empereur de l'Empire byzantin. Sa capitale est fixée à Prizren. Cet âge d'or prend fin le 28 juin 1389lorsque le roi Lazareà la tête d'une armée de princes balkaniques coalisés (parmi lesquels se trouvent aussi des Albanais)se sacrifie pour faire face aux armées ottomanes du sultan Murad Ier (bataille du Kosovo).

Dans le cadre de l'Empire ottomanle Kosovo forme presque toujours un sandjakune entité administrative distincte. La longue présence ottomane entraîne un phénomène de conversion à l'islamqui est cependant plus tardif et progressif qu'en Bosnie : d'importantes vagues de conversions interviennent encore au xixe siècle. Aujourd'huienviron 5 % des Albanais du Kosovo sont encore catholiques.

2.2. Les Albanaisseul peuple autochtone des Balkans

Contrairement aux Slaves arrivés dans la région aux vie et viie siècles après J.-C.les Albanais affirment être le seul peuple autochtone des Balkanspuisque descendant des Illyriens – une peuplade antique qui a l'avantage d'être mal connue —ce qui permet toutes les projections identitaires et toutes les appropriations. Les Albanais considèrent également la Ligue de Prizren (1878-1881) – formée pour résister à la cession au Monténégro de territoires peuplés d'Albanais après le congrès de Berlin en 1878 – comme le point de départ de leur mouvement d'affirmation nationale sous l'Empire ottoman.

En 1690les Serbeslors de la « Grande Migration »fuient massivement le Kosovo pour échapper aux représailles ottomanes après la défaite serbo-autrichienne de Kačaniken janvier 1690. Ils se dirigent vers des terres restées sous contrôle autrichien et se fixent sur leurs « frontières militaires » (vojne Krajine), une région de Croatie que l'on appelle aujourd'hui la Krajina. Cet événement contribue à réduire drastiquement la présence serbe au Kosovo.

2.3. Une cohabitation millénaire

Les Albanais dénoncent la « colonisation serbe »quand les Serbes évoquent une « invasion » albanaise qui aurait submergé le Kosovo aux xviie et xviiie sièclesrenversant la balance démographique. Pourtantun seul fait paraît incontestable : la présence sur ce territoire de ces deux peuples depuis plus d'un millier d'années. On peut également estimer que Serbes et Albanais pesaient encore d'un poids sensiblement égal aux xviiie et xixe siècles. Encore faut-il souligner que les identités nationales n'étaient pas encore clairement définies à cette époque.

3. La « question albanaise » en Yougoslavie

3.1. Au sein du « royaume des Serbesdes Croates et des Slovènes »

Après la première guerre balkanique et la victoire des troupes serbesgrecquesbulgares et monténégrines face aux armées ottomanesles grandes puissances (FranceAngleterreRussieAutriche-Hongrie) accordent l'indépendance à l'Albanie lors de la conférence de Londres (30 mai 1913). Le Kosovopourtant déjà très majoritairement albanaisest partagé entre la Serbie et le Monténégropuis finalement intégréaprès la Première Guerre mondialeau nouveau « royaume des Serbesdes Croates et des Slovènes ». La province ne connaît aucun développement économique ou éducatif dans l'entre-deux-guerres et est soumise à une politique de colonisation agraire des autorités serbes. Les Albanais approuvent dans leur majorité la constitution d'une « Grande Albanie » sous domination italienne en 1941.

3.2. Province autonome au sein de la République de Serbie

Les partisans de Tito sont moins implantés au Kosovo que dans les autres régions qui vont former la République socialiste fédérative de Yougoslavie (RSFY) en 1945. Pourtantà la fin de la Seconde Guerre mondialele Kosovo obtient le statut de province autonome au sein de la République de Serbie. Bien que plus nombreux que les Macédoniens ou les Monténégrins au sein de la Yougoslavieles Albanais ne peuvent prétendre obtenir une République fédérée car le pouvoir yougoslave considère qu'ils disposent déjà d'un foyer national en Albanie.

Cette province jouit de prérogatives politiques et économiques élargies. Après le limogeage en 1966 d'Aleksandar Rankovićresponsable de la police politiqueet l'élaboration d'une nouvelle Constitution en 1974la province connaît un fort développement culturel avec la création d'une université. Priština devient la principale capitale intellectuelle du monde albanais.

3.3. De la crise sociale à la crise politique

En revanchemalgré les apports considérables du Fonds fédéral pour le développement des régions pauvresprincipalement alimenté par les républiques les plus riches (la Croatie et la Slovénie)le Kosovo demeure dans une situation de sous-développement chronique. Outre quelques centres industriels comme le combinat minier de Trepča et le complexe thermoélectrique d'Obilićl'essentiel de la population de la province survit grâce à une agriculture de subsistance et aux contributions financières des travailleurs partis à l'étranger. Dès les années 1960une forte diaspora albanaise du Kosovo s'établit en Europe occidentaleprincipalement en Suisse et en Allemagne. La mort de Tito et la crise économique des années 1980 fait basculer le mécontentement social en revendications politiques.

Les manifestations albanaises de 1981qui réclament la transformation de la province autonome en République fédérée de la Yougoslaviesont réprimées dans le sang par les forces de sécurité yougoslaves. Tout au long des années 1980le climat entre les deux communautés se dégrade. Les Albanais demandent une égalité socialeculturelle et politiquetandis que les Serbes dénoncent les pressions et les violences dont ils sont la cible.

4. Les années Milošević (1987-1999)

4.1. La suppression de l'autonomie du Kosovo

Slobodan MiloševićMonténégrin d'origine et militant zélé du parti communistecomprend rapidement qu'il a trouvé dans les revendications des Serbes du Kosovo le sujet fédérateur pour assouvir ses ambitions personnelles. Fort du soutien de l'Académie des sciences et des arts de Belgradequi dans un Mémorandum dénonce « le génocide physiquepolitiquejuridique et culturel de la population serbe au Kosovo »S. Milošević prononce lors d'une réunion avec les Serbes du Kosovole 25 avril 1987une phrase devenue célèbre depuis : « personne n'a le droit de frapper ce peuple ». Le tabou de l'ère titistequi empêchait d'évoquer publiquement l'existence de contentieux nationauxvient de tomber. S. Milošević peut ensuite se débarrasser de toute opposition en Serbie en évinçant le 14 décembre 1987 son mentor Ivan Stambolićl'ancien président de la République de Serbie. Ce dernier est accusé de se désintéresser du sort des Serbes du Kosovo.

Le 23 février 1989l'autonomie du Kosovo est suppriméeet le Parlement de Serbie annonce triomphalement que la Serbie est « réunifiée ». Le 28 juin 1989un million de Serbes célèbrent le 600e anniversaire de la défaite de Kosovo Poljesur les lieux mêmes de la batailleacclamant S. Milošević comme leur nouveau héros.

Progressivementla censure s'abat sur les journaux albanais et les licenciements politiques se multiplient. Selon des statistiques albanaises datant de 1992sur 189 000 Albanais travaillant en 198980 000 auraient été licenciés. Les Albanais sont exclus de l'administrationde la télévisionde l'enseignementet n'ont plus le droit d'acheter des terres. Une violente répression policière s'abat sur la provinceles arrestations frappant les élites politiques et culturelles albanaises. Les dirigeants communistes albanais de la provinceAzem Vllasi et Kaqusha Jasharisont également mis sur la touche.

4.2. De la résistance pacifique à la lutte armée

Dans ce contexte troubléles cercles universitaires et intellectuels de Priština se mobilisent et créent le 23 décembre la Ligue démocratique du Kosovo (LDK)portant à sa tête Ibrahim Rugovajusqu'alors président de l'Union des écrivains du Kosovo. La LDK développe une stratégie de résistance basée sur une ligne pacifiste et non violenteen créant des institutions parallèles (notamment des écoles clandestines)et dans l'espoir que la communauté internationale se décide à faire pression sur le régime de S. Milošević. Du 26 au 30 septembre 1991un référendum clandestin proclame l'indépendance de la province. I. Rugova est élu en 1992 président d'une « République de Kosovë »qui n'est reconnue que par la seule l'Albanie.

Cependantcette politique se révéle rapidement inefficace. S. Miloševićen signant les accords de paix de Dayton (paraphés à Paris le 14 décembre 1995) qui mettent un terme à la guerre de Bosnie-Herzégovineobtient que les Occidentaux n'évoquent pas la « question albanaise ». D'autre partle boycott des institutions ne perturbe nullement le fonctionnement de l'administration serbe au Kosovo. Devant le blocage de la situationapparaissent peu à peu des groupes opposés à la politique non violente du « président » Rugovaréclamant par la force l'indépendance de la province.

Dès 1997les plastiquages et les attaques contre les forces de police serbes se multiplient et assurent la célébrité d'un nouveau groupe armél'Armée de libération du Kosovo (Ushtria Çlirimtare e KosovësUÇK)créé par un mouvement clandestin implanté surtout dans la diaspora albanaisele Mouvement populaire du Kosovo (LPK). Celui-ci s'oppose de plus en plus ouvertement à la politique du « clan » Rugova qu'il accuse de lâcheté et de corruption.

Formé par plusieurs groupes d'origines « envéristes »c'est-à-dire d'inspiration marxiste-léniniste sur le modèle de l'Albanie d'Enver Hoxhale réseau bénéficiedès l'originedu soutien financier de l'importante diaspora albanaise de Suisse et d'Allemagne et de puissants réseaux en Albanie. En effetla guerre civile au printemps 1997qui suit l'effondrement des sociétés financières de type « pyramidal »précipite l'Albanie dans l'anarchie. Durant les émeutesles casernes et les dépôts d'armes sont systématiquement pilléset l'on estime à près d'un million le nombre d'armes automatiques chinoises qui auraient été mises en circulation à cette époque. Le nord du paysbastion de Sali Berishal'ancien président albanais contraint à la démissiondevient une base arrière pour les militants de l'UÇK du Kosovo.

4.3. L'échec des tentatives diplomatiques occidentales

Après quelques succès initiaux (mars-juin 1998)la guérilla de l'UÇKfaute d'avoir pu maintenir son corridor logistique à travers la frontière albanaise et faute d'une coordination suffisanteest rapidement défaite par l'armée yougoslaveplus professionnelle et infiniment mieux équipée. Mais sous la pression de l'OTAN et de l'émissaire américain dans la régionRichard HolbroockeS. Milošević finit par s'engager à retirer une partie de ses forces et accepte le déploiement de 2 000 vérificateurs du cessez-le-feumandatés par l'OSCE dans le cadre de la Kosovo Verification Mission (KVM).

Devant la menace de nouveaux combatsles Occidentaux tentent durant les pourparlers de Rambouillet (février-mars 1999) d'imposer une solution politiquebasée sur l'instauration d'une autonomie substantielle du Kosovo sous contrôle international. Les propositions occidentales incluent le déploiement de soldats de l'OTAN au Kosovoune hypothèse inacceptable pour Belgrade.

Face au blocage des négociationsl'OTAN déclenche des frappes sur toutes les infrastructures militaires et économiques de la République fédérale de Yougoslavie. Quelque 850 000 Albanais sont chassés du Kosovo par les forces de sécurité serbes et trouvent refuge en Albanieen Macédoine et au Monténégro. Après soixante-dix huit jours de bombardementsBelgrade consent enfin au déploiement de forces de l'OTAN et à la mise de la province sous administration provisoire de l'ONU.

5. Vers l'indépendance

5.1. Le Kosovo sous protectorat international

Après la signature des accords techniques de Kumanovo le 9 juin 1999la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies décide l'installation d'une Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK)qui instaure de fait un protectorat provisoire sur la province. Malgré la présence sur le terrain de forces de l'OTANla KFORla moitié des Serbes et des Rom du Kosovo fuient devant le retour des Albanais ou sont victimes d'un violent nettoyage ethnique. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR)en 1999 250 000 non-Albanais quittent le Kosovosans espoir de retour jusqu'à présent.

En 2007la présence serbe au Kosovo est estiméeselon les sourcesentre 80 000 et 160 000 personnes. Les Serbes se répartissent entre les communes septentrionales de Zubin PotokZvečanLeposavić et Mitrovica-nordjouxtant la Serbieetau sud de la rivière Ibardans des enclaves peuplées parfois de quelques centaines de personnesentourées de barbelés et gardées par les soldats de la KFOR. Deux sociétés parallèles se sont progressivement mises en place. Belgrade assure les salaires et les services administratifs dans les enclavesalors que les zones albanaises sont sous l'autorité du gouvernement du Kosovolui-même encadré par la MINUK. Le dinar serbe est encore en vigueur dans les zones serbesalors que partout ailleurson utilise l'euro. Les Albanais du Kosovo se désignent comme Kosovarsappellation rejetée par les Serbes et par les autres communautés vivant au Kosovo (RomTurcsetc.)

Les institutions mises en place par la communauté internationale prévoient des élections présidentielle et législatives tous les trois ans. Au sein du Parlement qui compte 120 sièges40 députés sont censés représenter les minorités ethniques du Kosovo. Maisdepuis les émeutes anti-serbes de mars 2004les députés serbes boycottent largement les institutions. Aux élections d'octobre 2004le taux de participation des Serbes ne dépasse pas 0,3 % des inscrits.

Au niveau économiquela province est toujours dans une situation catastrophique. Le Kosovo compte la plus jeune population d'Europeet la forte croissance démographique jette sur le marché du travail des jeunes sans qualifications et sans espoir de pouvoir trouver un jour un emploi. Cette crise économique favorise le travail au noir – qui permet à de larges pans de la société de survivre –une large émigration vers les pays d'Europe occidentale (AllemagneSuisseBelgique)mais aussi le développement de puissants réseaux criminels et d'une corruption galopante.

Michel Steineralors chef de la MINUKavait fixé en 2003 huit standards à atteindre avant que les discussions sur le statut final puissent débuter : retour des réfugiésliberté de circulation pour tous les résidents du Kosovobonne gouvernancelutte contre le crime organisé et la corruptionégalité des sexes … Malgré les déclarations de la communauté internationalequià l'été 2005estimait que 70 à 80 % de ces standards avaient été remplisaucun de ces objectifs ne semble avoir été véritablement atteint. Aucun retour significatif des déplacés chassés du Kosovo n'a été constatéet les Serbes des enclaves sont toujours privés de liberté de circulation. Depuis 2000seuls 15 000 Serbes ont pu revenir au Kosovole plus souvent pour reprendre possession de leurs biens immobiliers afin de les revendre.

5.2. Des négociations dans l'impasse

À partir du début de l'année 2006l'ONU organise à Vienne des rencontres entre les délégations serbe et albanaise pour définir un statut pour le Kosovo. Cependantles positions de Belgrade et de Priština sont incompatibles. :  ; les Albanais n'acceptent rien d'autre que l'indépendance.

Les Serbes sont formellement opposés à toute indépendance et aucun dirigeant serbe ne souhaite prendre le risque politique de « lâcher » le Kosovo. La nouvelle Constitution serbe (adoptée par référendum le 29 octobre 2006) définit ce dernier comme faisant partie intégrante de l'État serbe ; etselon l'article 114le président de la Serbie doit faire le serment de préserver l'intégrité du Kosovo et Metohija.

Pour les dirigeants albanaisdont une majorité est issue des rangs de l'UÇKaprès huit années de protectorat internationalla présence internationale est de plus en plus mal vécue et tend à être assimilée à une « occupation coloniale ». Il est temps d'y mettre un terme et proclamer formellement l'indépendance de la province.

Au terme de négociations infructueusesl'envoyé spécial des Nations uniesle Finlandais Martti Ahtisaaripropose le 2 février 2007 un document qui doit servir de base à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. D'après celui-cile Kosovo pourra rédiger sa Constitutionavoir un hymne et un drapeau etsurtoutadhérer à toutes les organisations internationalesdont les Nations unies. Dans le même tempsles communes serbes pourront jouir d'une décentralisation administrative avancée et entretenir des relations « spéciales » avec la Serbie. La version finale de ce documentremise le 26 mars au Conseil de sécuritépréconise explicitement une « indépendance sous contrôle international » pour le Kosovo.

5.3. L'indépendance unilatérale du Kosovo

Rejeté par Belgradele document de M. Ahtisaari ne parvient pas à convaincre tous les membres du Conseil de sécurité. La Russie appose son veto à la résolution et les négociations retombent dans l'impasse à l'été 2007. Devant le blocage de la situationle Parlement du Kosovo – en accord avec Washington et de nombreux pays européens tels que la Francela Grande-Bretagne ou la Slovéniequi préside l'Union européenne depuis le 1er janvier 2008 – proclame unilatéralement son indépendance l'indépendance le 17 février 2008. Le président Fatmir Sejdiu et le Premier ministre Hashim Thaçi déclarent officiellement la naissance du nouvel État.

Si les rues de Priština sont envahies par une foule d'Albanais en lliessela situation est en revanche beaucoup plus tendue dans les zones serbes du Kosovo. Belgrade condamne immédiatement cette « indépendance illégale » et des manifestations de protestation sont convoquées à Mitrovica Nord et dans la capitale serbe. Les postes frontières de Jarinje et Gazi Vodaentre le Kosovo et la Serbiesont investis et rasés par plusieurs milliers de personnes ; un meeting de solidarité en faveur des « frères serbes du Kosovo et Metohija » dégénère à Belgrade ; plusieurs ambassades sont attaquéesdont celle des États-Unis.

L'indépendance du Kosovo est rapidement reconnue par la majorité des États de l'UEà l'exception de cinq d'entre eux : Chyprel'Espagnela Grècela Roumanie et la Slovaquie. Dans la régionla Croatiela Bulgarie et la Hongrie la reconnaissent dès le 19 marssuivis par Monténégro et la Macédoine en octobre ; seule la Bosnie-Herzégovineen raison du refus catégorique de la Republika Srpskal'entité serbene la reconnaît pas. Admis en juin 2009 au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondialeKosovo ne peut espérer rejoindre les Nations unies tant que la Chine et de la Russiedisposant d'un droit de vetos'opposent à son adhésion.

Par ailleursla Serbie reste politiquement et économiquement présente dans les enclavesmême si les salaires des fonctionnaires rémunérés par Belgrade ont été sensiblement réduits. Ainsiles élections locales et parlementaires serbes de mai 2008 se déroulent sans violence dans toutes les enclavestandis que les Serbes boycottent massivement les élections municipales organisées en novembre 2009 par les institutions de Priština. L'indépendance du Kosovo a donc mis fin à un statu quo intenablemais elle n’a pas encore permis de rapprocher significativement les différentes communautés. Elle ne clôt pas non plus la tutelle internationaleeffective depuis 1999.

5.4. Une indépendance supervisée

En juin 2008à la veille de l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution du Kosovole secrétaire général des Nations uniesBan Ki-moonadresse aux dirigeants serbes et albanais des lettres qui ouvrent la voie à un déploiement de la mission EULEX mais sans se prononcer sur le statut du Kosovo. En vertu de la résolution 1244la MINUK demeure en placejouant le simple rôle de « coordination » de la présence internationale.

Si le plan de M. Ahtisaari n’est pas officiellement entré en vigueurun « Bureau civil international » (ICO)dirigé par le Haut représentant de l'UE au Kosovole Néerlandais Pieter Feithest néanmoins ouvert. Faute de mandat accordé par l’ONU et accepté par toutes les partiesil revêt surtout une fonction de conseil auprès des institutions du Kosovo. En revancheBelgrade donne son accord au déploiement de la mission EULEXqui prend ses fonctions le 9 décembre 2008. Cette mission doit apporter un « soutien technique » au Kosovo dans les secteurs essentiels de la justicede la police et des douanes. Présente à travers tout le Kosovoy compris dans les enclaves serbeselle est supposée rester « neutre » sur la question du statut du paysce qui ne va pas sans d’innombrables contradictions sur le terrain.

Reprenant quelque 800 dossiers de crimes de guerre qui étaient autrefois de la compétence de la MINUKelle doit notamment enquêter sur les disparitions de Serbes qui auraient été déportés en Albanie à l’été 1999 et qui auraient pu faire l’objet d’un trafic d’organesun crimequi impliquerait les plus hauts responsables du Kosovonotamment le Premier ministre H. Thaçi.

6. Les défis du Kosovo indépendant (depuis 2008)

6.1. Une situation économique préoccupante

L'économie du jeune État reste fragile en dépit de l'ampleur des sommes injectées par la communauté internationale et du milliard d'euros investi par des compagnies étrangères au Kosovo depuis 1999notamment lors du processus de privatisation des entreprises d'État (secteur bancairetélécommunicationsminesagricultureetc.). Elle pâtit de la chute du commerce transfrontalier avec la Serbieà laquelle s'ajoute la crise économique et financière de 2008 qui tarit presque totalement les investissements étrangers en 2009-2010tandis que les donations internationales se raréfient également. De surcroîtentré en crise politique à l’automne 2010le Kosovo ne peut adopter qu’en février 2011 son nouveau budget annuelqui prévoit un lourd déficit. Le chômage frappe toujours environ la moitié de la population active.

6.2. Un désenchantement certain

Le 15 novembre 2009des élections municipales sont organisées au Kosovo. Il s’agit du premier scrutin depuis la proclamation d’indépendance. La participation assez faible (45 % des inscrits) traduit le désenchantement des électeurs albanais. Le scrutin se déroule dans le calmesans entraîner de changements notables dans le rapport de force entre les partis albanais. Toutefoisd’assez fortes turbulences politiques suivent les électionsd’autant que les deux partis qui forment la coalition gouvernementale depuis l’automne 2007le PDK du Premier ministre H. Thaçi et la LDK du président F. Sejdiusont en rivalité dans la plupart des communes.

Côté serbela situation est plus contrastée : dans certaines enclaves du Kosovo centralla participation est significativecomme à Gračanica (23 % des inscrits)qui doit devenir une commune réunissant 16 villages serbes des alentours de Priština. En revanchele boycott du scrutin est quasi total (moins de 1 % de participation à Zubin Potok) dans la zone serbe du Nord du Kosovooù les administrations communales « parallèles » qui ne reconnaissent que l'autorité de Belgrade demeurent toutes puissantes.

Le Kosovo semble être durablement entré dans une logique de « reconnaissance partielle » de son indépendancemais aussi de partition entre zones serbes et albanaisestandis que sa proclamation d’indépendance n’a pas mis fin à la tutelle internationale. Cette situation est de plus en plus mal ressentie par une partie de l’opinion albanaise. Le mouvement Vetëvendosje (« Autodétermination ») mène ainsi des actions répétées contre toute forme de protectorattout en posant de plus en plus ouvertement la question d’une éventuelle unification nationale albanaise.

6.3. Vers une normalisation avec la Serbie

À la suite de l'avis rendule 22 juillet 2010par la Cour internationale de justice (CIJ)estimant que la proclamation d'indépendance du Kosovo ne violait pas le droit internationalBelgrade assouplit sa position et s'ouvre au dialogue avec Priština dans une résolution commune avec l'UEadoptée aux Nations unies le 9 septembre. Ce « dialogue »qui doit théoriquement porter sur des « questions techniques » et non pas sur le statut du Kosovo débute à Bruxelles le 9 mars 2011avec une médiation de l’UE. Parmi les premiers sujets évoqués figurent la question des personnes disparuesles télécommunications et la liberté de circulation.

Le 19 avril 2013un accord de principe plus global et politique est signé à Bruxelles. Celui-ci prévoit le regroupement des quatre municipalités à majorité serbe du Nord –  Mitrovica-NordZvečanLeposavić et Zubin Potok – au sein d’une nouvelle entité bénéficiant de compétences propres dans cinq domaines initiaux (développement économiquesantééducationplanification urbaine et rurale)l’intégration des structures parallèles policières et judiciaires serbes au sein de celles du Kosovoainsi que l’organisation d’élections municipales. Si les délais d’application prévus des principales clauses de cet accord – accueilli avec scepticisme ou hostilité par les principaux intéressés –ne sont pas tenusles élections peuvent néanmoins être organisées avec l’appui de l’OSCE en novembre et décembredans des conditions jugées globalement satisfaisantes. Le taux de participation reste cependant extrêmement faible et la méfiance mutuelle entre les deux États encore très forte.

Ces efforts sont pourtant « récompensés » par Bruxelles lors du Conseil européen du 28 juin 2013 : les négociations d’adhésion de la Serbie à l’UE sont ouvertes au niveau intergouvernemental en janvier 2014tandis que les discussions en vue d’un accord de stabilisation et d’association (ASA) avec le Kosovo peuvent débuter.

6.4. Une instabilité politique chronique

Le Kosovo entre en crise politique à l’automne 2010. Le président F. Sedjiuqui cumulait sa fonction avec celle de chef de partien violation de la Constitutionest contraint à la démission le 29 septembreet la LDK se retire du gouvernement de coalition dirigé par H. Thaçi. Des élections anticipées sont convoquées le 12 décembre. Marqué par de nombreuses fraudesprincipalement du fait du PDK de H. Thaçi qui procède au bourrage des urnes dans ses bastions traditionnelsle scrutin est réorganisé dans certaines communes les 9 et 23 janvier 2011. Les résultats ne traduisent pas de modifications sensibles des rapports de force politique. Le PDK demeure la première formation politique du paysavec 33,5 % des suffragessuivi par la LDKdésormais dirigée par le maire de PrištinaIsa Mustafa (23,6 %). Cependantle mouvement Vetëvendosje (« autodétermination »)qui se présente pour la première fois à des électionsfait une entrée remarquée au Parlementavec 12,2 % des voix.

Bien qu'arrivé en têtele PDK peine à former une nouvelle majoritéla LDK refusant de renouveler la « grande coalition » de 2007. Contraint de s'entendre avec l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AKR) de l'homme d'affaires Bexhet Pacolliquitout en n'ayant recueilli que 7 % des suffragesimpose ses conditionsH. Thaçi cède à l'AKR trois portefeuilles de ministre et le poste de vice-Premier ministrele poste de président de la République revenant à B. Pacolli (laborieusement élu au 3e tour de scrutin le 22 février par le Parlement). Patron d'une entreprise de construction soupçonnée de versement de pots de vin à de hauts dignitaires russes pour obtenir le contrat de rénovation du Kremlin de MoscouB. Pacolli est poussé à la démission dès le 30 marsà la suite de l'invalidation de son élection par la Cour constitutionnelle.

H. Thaçi estpour sa partdirectement mis en cause dans un rapport du Conseil de l'Europe adopté en janvier 2011 et accusant des responsables de l'UÇK (le « groupe de la Drenica ») de s'être livrésen 1999 et 2000à un trafic d'organes prélevés sur des prisonniers serbes.

Mettant fin à une crise politique qui menaçait de conduire le pays vers des élections législatives anticipéesle Parlement élit à la magistrature suprêmeaprès un accord entre la coalition au pouvoir et la LDKAtifete Jahjagaune jeune femme générale de police inconnue du grand public et des milieux politiques (avril 2011). Refusant de participer à l’électionle mouvement Vetëvendosje quitte le Parlement en dénonçant l'implication des États-Unis dans les négociations.

En 2014le Premier ministre ayant échoué à trouver une majorité parlementaire pour la création d’une véritable arméedes élections législatives anticipées sont convoqués le 8 juin 2014. Marquées par un taux d’abstention en hausse (57,3 %) mais par la bonne participation des quelque 120 000 Serbes du Kosovo – en particulier les 40 000 majoritaires dans le Nord —elles voient la victoire du PDK d’Hashim Thaçi avec 30,38 % des voix et 37 sièges sur 120 devant la LDK d’Isa Mustafa (25,24 % et 30 sièges). Le mouvement Vetëvendosje arrive en troisième position avec 13,59 % des suffrages et 16 députés devant l'AAK (Alliance pour l'avenir du Kosovo) de Ramush Haradinaj (9,54 %11 sièges)suivi de la liste serbe Srpska (5,22 %9 repésentants) et de l'Initiative pour le Kosovo (Nisma per Kosovëndissidents du PDK5,15 %6 sièges) et de listes représentant les autres minorités (turquebosniaqueroms…)qui obtiennent une dizaine de sièges réservés au total.

Bien que vainqueurle PDK du Premier ministre sortant H. Thaçi se retrouve sans allié pour former le nouveau gouvernementles trois partis arrivés derrière luiLDKAAK et Nisma ayant signé un accord de coalition et menant des négociations avec Vetëvendosje pour trouver une entente en vue de former un gouvernementsous la direction de Ramush Haradinaj (déjà Premier ministre de décembre 2004 à mars 2005).

S’opposant en premier lieu à toute concession à la SerbieVetëvendosje obtient satisfaction en septembre lors de la signature d’un accord avec les trois autres partis de l’oppositionmais ce dernierqui aurait pu au demeurant remettre en cause la politique de normalisationpriorité de l’UEfait long feu.

Après cinq mois de paralysie institutionnelleun accord est conclu avec la médiation active des États-Unis en novembre entre le PDK et la LDK confiant le poste de Premier ministre à Isa Mustafa et celui de président du Parlement au PDKles postes ministériels étant partagés à égalité entre les deux formations. Le mois suivantconformément à cet accordKadri Veselivice-président du PDKest élu à la tête du ParlementIsa Mustafa prend les rênes du gouvernement de coalition PDK-LDKtandis que Hashim Thaçiqui vise le poste de président du Kosovo au terme du mandat d'Atifete Jahjaga en 2016se contente de celui de vice-Premier ministre et de ministre des Affaires étrangères. Les représentants serbes y participent en conservant le ministère chargé de l’« Administration du gouvernement local » et celui du « Retour et des communautés » outre un poste de vice-Premier ministre. Dénoncé par Vetëvendosje comme un arrangement personnel entre deux hommesau détriment de la lutte contre la corruption et la criminalitéle renouvellement de cette alliance est également contesté dans les rangs des deux partis. En revancheil reçoit le soutien d’une majorité de 73 voix à l’Assemblée et l'approbation de l’Union européenne.

En août 2015la Serbie et le Kosovo parviennent à un accord « historique » dans plusieurs secteurs-clés – énergietélécommunications – et sur l’instauration d'un système judiciaire dans le nord du Kosovo acceptable à la fois pour la minorité serbe et les Kosovars d'origine albanaisemajoritaires.

Élu au troisième tour de scrutin par les députésH. Thaçi devient président de la République en avril 2016 alors que l’accord de stabilisation et d’association avec l’Union européenne entre en vigueur.

L’accord de 2015 avec la Serbie peinant à s’appliquerla volonté de normaliser les relations avec Belgrade est réaffirmée mais la situation politique intérieure se détériore de nouveau à la suite de la rupture de l’alliance entre le PDK et la LDK et la chute du gouvernement d’Isa Mustafa en mai 2017. Outre la question de la démarcation de la frontière avec le Monténégrosujet de litige entre partisles enquêtes du Tribunal spécial chargé de juger des crimes de guerre présumés commis en 1999-2000 par l’UÇK et impliquant notamment le président kosovarpourraient avoir accéléré cette nouvelle crise.

Censées la dénouerles élections anticipées de juillet ne mobilisent cependant que 41 % des électeurs et ne donnent à la nouvelle alliance passée entre le PDKl’AAK et Nisma qu’une courte avance avec 33,7 % des suffrages et 39 sièges devant Vetëvendosje (qui progresse fortement avec 27,4 % des voix et 32 députés) et la coalition conduite par la LDK (25,5 % et 29 sièges).

Grâce au soutien de la liste serbe (6,1 % des voix et 9 sièges)des représentants des minorités et au débauchage de l’AKR (auparavant alliée de la LDK)R. Haradinajen dépit de son passé très controversé de commandant de l’UÇKaccède de nouveau au poste de Premier ministre en septembre avec une étroite majorité de 61 sièges sur 120.

Drapeau du Kosovo
Drapeau du Kosovo
Hashim Thaçi
Hashim Thaçi
Prizren
Prizren
Serbie - Monténégro
Serbie - Monténégro
  • 1389 Les Ottomansvictorieux à Kosovovassalisent la Serbie.
  • 1999 Bombardements aériens de l'O.T.A.N. sur la république fédérale de Yougoslavie pour s'opposer à la repression menée par le président Milošević contre les populations albanaises du Kosovo.
  • 2002 Élection d'Ibrahim Rugova (4 mars) à la présidence de la province du Kosovosous administration de l'O.N.U. depuis 1999.
  • 2006 Décès d'Ibrahim Rugovaprésident de la province serbe du Kosovopeu avant le début des pourparlers sur le statut final de la province (21 janvier).
  • 2008 Le Kosovo proclame unilatéralement son indépendancesous supervision internationale (17 février).
  • 2013 Sous la pression de l'Union européennela Serbie et le Kosovo normalisent leurs relations en signant un accord qui octroie de larges pouvoirs locaux aux Serbes kosovars (19 avril).