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1. News et mises à jour

La description du système de santé belge est régulièrement mise à jour sur la plateforme de l'Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé: Plateforme HSPM - News et mises à jour.

Une seconde plateformele Health System Response Monitor (HSRM)a également été conçue en réponse à l'épidémie de COVID-19 pour collecter et organiser des informations actualisées sur la manière dont les pays répondent à la crise. Les mesures pour la Belgique sont disponibles ici : Plateforme HSRM - Mesures COVID-19.

2. Résumé

La description ci-dessous a été réalisée en 2019voir la Plateforme HSPM pour le résumé 2024.

Le système de santé belge couvre une large gamme de services pour la quasi-totalité de la population. Sa principale source de financement repose sur les cotisations socialesqui sont proportionnelles aux revenus. L’offre de soins s’appuie sur les principes de la pratique médicale indépendante et du libre choix du prestataire ou de l’établissement de soins. Le payement se fait principalement à l’acte.

La population belge jouit d’une bonne santé et d’une longue espérance de vieen partie grâce à la grande accessibilité de nombreux services de santé de qualité. Néanmoinscertains défis subsistentcomme l’usage inapproprié de certaines classes de produits pharmaceutiques (recours excessif aux antibiotiques et psychotropes)l’accessibilité limitée des soins de santé mentale et des soins dentaires (en raison d’une quote-part importante à charge du patient)les inégalités socio-économiques de santé et la nécessité de renforcer les politiques de prévention. Le système doit aussi continuer à évoluer afin de pouvoir répondre au vieillissement de la populationà la progression des maladies chroniques et au développement des nouvelles technologies.

Ce profil HiT pour la Belgique (2020) présente l’évolution du système de santé depuis 2014avec des informations détaillées sur les nouvelles politiques mises en place au cours de cette période. Les principales réformes concernent le transfert de compétences de santé supplémentaires de l’État fédéral aux entités fédérées et les projets de refonte du paysage hospitalier. Les autorités politiques se sont également efforcées d’améliorer encore l’accès à des services de haute qualité tout en veillant à la durabilité et à l’efficience du systèmece qui a débouché sur l’introduction de mesures destinées à promouvoir les soins multidisciplinaires et intégrésla concentration de l’expertise médicaleles trajets de soinsl’autonomisation des patientsl’evidence-based practiceles soins basés sur les résultatset l’approche « one-health ». Une coopération a également été lancée avec les pays voisins autour des stratégies de fixation des prix et de remboursement des médicaments innovants (dont le prix est fort élevé)dans le but d’améliorer leur accessibilité. Dans le futuron peut s’attendre à ce qu’une attention accrue soit accordée à la résilience du systèmeétant donné les nouveaux défis qui seront inévitablement mis en lumière par la crise du COVID-19.

3. Synthèse Executive

La description ci-dessous a été réalisée en 2019voir Plateforme HSPM pour le résumé 2024.

La population belge jouit d’une bonne santé et d’une longue espérance de vie

Le niveau de vie est considéré comme élevé en Belgique – un pays quien comparaison avec d’autres États européensa été assez peu affecté par la crise financière de 2008. Les efforts vont néanmoins se poursuivre pour réduire la dette publiquediminuer la part de la population à risque de pauvreté ou d’exclusion socialeet accroître le taux d’emploi.

Le taux de croissance de la population belge tourne autour de 0,5 % sous l’effet d’un solde migratoire positif (davantage d’immigration que d’émigration) et d’un « solde naturel » positif (les naissances étant plus nombreuses que les décès). On s’attend à ce que la population vieillissante augmente dans le futuret ce au moins jusqu’en 2070. D’après les prévisionsla part des 67 ans et plus (un nouveau seuil basé sur le rehaussement de l’âge de la retraite) dans la population devrait passer de 16,5 % en 2018 à 22,9 % en 2070.

L’état de santé de la population belge est globalement bonavec une espérance de vie croissantelégèrement supérieure à la moyenne de l’UE-28 (États membres de l'Union européenne au 1er juillet 2013)mais inférieure à celle de l’UE-15 (États membres de l'UE avant mai 2004). Néanmoinsles taux élevés d’obésité et de consommation d’alcool et de tabac ont un impact significatif sur cet état de santé. Un autre défi reste d’aplanir les inégalités socio-économiques et de renforcer les politiques de prévention en matière de facteurs de risque et de maladies responsables de la majeure partie de la charge de morbidité. Les affections cérébro-vasculaires et les maladies cardiaques ischémiques sont les premières causes de mortalitésuivies par la démence (notamment la maladie d’Alzheimer)le cancer du poumon et les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO).

L’État fédéral et les entités fédérées se partagent les compétences de santé

La Belgique compte trois langues officielles (le françaisle néerlandais et l’allemand) et trois niveaux de pouvoir – l’État fédéralles entités fédérées (trois régions correspondant à un territoire et trois communautés basées sur la langue) et les autorités locales (provinces et communes).

La Belgique est un État fédéral à démocratie parlementaire. Son système politique repose sur une représentation proportionnelle et comprend de nombreux partis politiques (néerlandophonesfrancophones ou germanophones). L’État fédéral et les entités fédérées se partagent les compétences en matière de santé et de régulation du système de soins (basé sur une assurance obligatoire soins de santé qui requiert des cotisations sociales). Les autorités fédérales sont compétentes pour les matières qui touchent à l’intérêt général de tous les Belgesà savoir l’assurance obligatoire soins de santél’élaboration du budget des hôpitaux et des règles d’organisation généralesla régulation des produits de santé et activités liéesla régulation des prestataires de soins et les droits des patients. L’Institut National d’Assurance Maladie-Invalidité (INAMI) gère l’assurance obligatoire soins de santé tandis que le Service Public Fédéral (SPF) Santé PubliqueSécurité de la Chaîne Alimentaire et Environnement – Direction générale soins de santé est responsable des règles d’organisation générale et de planification du système de santé.

Les entités fédérées endossent l’essentiel des compétences dans le domaine des soins aux personnes âgées ou porteuses d’un handicap (en ce compris l’octroi d’allocations)des soins de santé mentaledes soins de santé de première lignedes soins à domicile et des soins de réadaptation. Elles sont également les principales autorités compétentes pour la promotion de la santé et la prévention des maladies. Des conférences interministérielles sont organisées à intervalles réguliers pour faciliter la coopération entre autorités fédérales et entités fédérées.

Le budget de l’assurance obligatoire soins de santé et la politique de santé sont le fruit de négociations entre les représentants du gouvernementdes patients (par le biais des mutualités)des employeursdes employés salariés et des travailleurs indépendants. Les représentants des prestataires de soins sont également impliqués dans les décisions concernant les tarifs et le remboursement des services de santé par le biais de conventions ou accords nationaux entre les représentants des prestataires de soins et ceux des organismes assureurs (les mutualités).

L’assurance obligatoire soins de santé est financée par des cotisations sociales proportionnelles aux revenus

Le système de santé belge repose sur une assurance obligatoire soins de santé basée sur le principe de solidarité entre tous les résidents belges. Sa principale source de financement est constituée par les cotisations socialesproportionnelles aux revenus (recettes proportionnelles - même taux d’imposition quel que soit le niveau de revenuà quelques exceptions près). Viennent ensuite les subventions gouvernementales et le financement alternatif. Les subventions gouvernementales proviennent de recettes considérées majoritairement comme progressives (le taux d’imposition augmente avec le niveau de revenu)telles que l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Le financement alternatif est principalement constitué des recettes provenant de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)qui sont régressives (poids plus important pour les personnes à bas revenu) etdans une moindre mesuredes recettes provenant du précompte mobilierqui sont progressives.

Le financement public de l’assurance obligatoire soins de santé est devenu plus progressifen particulier depuis la 6e réforme de l’Étatpassant de 7,3 % de recettes progressives par rapport au total en 2007 à 14,1 % en 2017. Néanmoinsla part tant des recettes proportionnelles que des recettes régressives (52,6 % et 26,7 %respectivement) excédait encore celle des recettes progressives (14,1%) en 2017. Sous l’effet d’une diminution de la part des cotisations sociales dans les sources de financement (voir le chapitre 3)les recettes proportionnelles ont également connu une tendance à la baissepassant de 61,5 % en 2007 à 52,6 % en 2017.

Afin de maîtriser les dépensesl’objectif budgétaire global de l’assurance obligatoire soins de santé est plafonné par une norme de croissance réelle depuis 1995.

L’assurance obligatoire soins de santé est gérée par l’INAMIqui alloue un budget prospectif aux mutualités. Celles-ci sont des acteurs privés sans but lucratif qui gèrent pour leurs affiliés le remboursement des prestations de santé couvertes par l’assurance obligatoire et le versement d'un revenu de remplacement en cas de maladie de longue durée. Toute personne résidant en Belgique doit s’affilier à une mutualité de son choix ou à la Caisse auxiliaire d'assurance maladie-invalidité (CAAMI). Depuis 1995un mécanisme a été introduit pour accroître la responsabilité des organismes assureurs dans les dépenses de santé de leurs affiliés : à la fin de chaque annéel’INAMI calcule la différence entre les dépenses de santé effectives de leurs affiliés et les dépenses dites « normatives » (ajustées en fonction du risque) ; la responsabilité financière d’une partie de cette différence est ensuite imputée aux organismes assureurs.

En outreles résidents belges peuvent également s'affilier à une assurance maladie volontaire pour les services non couverts ou partiellement couverts par l'assurance obligatoire soins de santé (par exemplepour les suppléments lorsque les patients optent pour une chambre individuelle dans un hôpital). Ces assurances volontaires sont proposées aussi bien par des organismes sans but lucratif (sociétés mutualistes d’assurance et mutualités)que par des compagnies d’assurance privées à but lucratif.

Les résidents belges bénéficient d’une large gamme de services de santé

L’assurance obligatoire soins de santé couvre une large gamme de services pour environ 99 % des résidents belgessans sélection sur la base des risques de santé ; le 1 % restant se compose de personnes qui ne sont pas en ordre sur le plan des obligations administratives et/ou financières. Précisons néanmoins que certaines catégories de personnes vulnérables (p.ex. les personnes en séjour irrégulier) ne sont pas reprises dans ce calculpas plus que les individus couverts par d’autres systèmes d’assurance (p.ex. les étrangers travaillant pour des organisations internationales). Ceci ne signifie toutefois pas que ces « non assurés » n’ont pas droit aux soins médicaux dont ils ont besoin ; ils peuvent être couverts par d’autres systèmesprincipalement au travers des centres publics d’action sociale (p.ex. l’aide médicale urgente pour les personnes en séjour irrégulier).

En 2017les dépenses de santé s’élevaient à 10,3 % du produit intérieur brut (PIB) et les dépenses de santé par habitant à 5119,1 dollars US exprimés en parité du pouvoir d’achat (PPA US$). Plus de trois-quarts des dépenses de santé actuelles sont financées par le secteur public (77,25 % en 2017). Les assurances de santé contractées sur base volontaire représentent une fraction minime des dépenses (5,12 % en 2017). La quote-part personnelle des patients (17,63 % en 2017) couvre les services non remboursésles tickets modérateurs officiels et les suppléments. Les tickets modérateurs officiels nets (après déduction des interventions dans le cadre du maximum à facturer) représentaient environ 22 % de la quote-part à charge des patients en 2017. La part exacte des suppléments (en particulier dans les soins ambulatoires) n’est par contre pas connue. Les tickets modérateurs varient d’un service à l’autre et sont plus faibles pour les patients qui jouissent d’un statut de remboursement préférentiel (intervention majorée). Il existe une série de mécanismes de protection (p.ex. le maximum à facturerqui limite le montant des tickets modérateurs à un certain plafond)qui dépendent principalement des revenus du ménage.

Toutes les prestations de santé remboursées (totalement ou partiellement) dans le cadre de l’assurance obligatoire soins de santé sont décrites dans une liste élaborée à l’échelon national (la « nomenclature »). Cette liste spécifie entre autre les tarifs officiels et les mécanismes de co-paiement (les tickets modérateurs) fixés par le biais de conventions et d’accords nationaux négociés chaque année (ou tous les deux ans) entre les représentants des mutualités et des prestataires de soins. Les décisions de remboursement se basent sur des critères comme la plus-value thérapeutique de l’intervention et son impact budgétaire. Les pratiques evidence-based à haute valeur thérapeutique sont remboursées de façon préférentielletandis que des services de confort ou esthétiques comme la chirurgie plastique ou l’orthodontie ne sont remboursables que sous certaines conditions (p.ex. reconstruction mammaire après un cancer). Lorsque l’on examine la quote-part à charge du patienton remarque que les remboursements sont plus limités pour les soins de santé mentale et les soins dentaires que pour les autres types de soins.

Afin d’éviter la surconsommation et de promouvoir une utilisation responsable des moyens publicsla grande majorité des patients doivent payer de leur poche les services qu’ils sollicitentpuis demander un remboursement auprès de leur mutualité. Initialementun système de tiers-payantoù les mutualités paient directement ce qui est à leur chargen’était est appliqué qu’aux médicaments sur prescription et aux soins hospitaliers/résidentiels. Ce système est en cours d’élargissement aux soins ambulatoires (actuellement élargit aux groupes sociaux vulnérables et aux malades chroniques). Par ailleurscertaines maisons médicales fonctionnent par forfaits versés par les mutualités au prorata du nombre de patients enregistrés. Les patients qui ont opté pour ce système ne paient donc rien pour les prestations dont ils bénéficient via ces centres.

La dispensation des soins repose sur la pratique médicale indépendantela liberté de choix et le paiement à l’acte

La dispensation des soins repose sur les principes de la pratique médicale indépendantede l’accès direct (pas de « gatekeeping » ou filtrage de l’accès aux soins spécialisés)de la liberté de choix du prestataire et des structures de soins (y compris les hôpitaux) et d’un paiement organisé principalement à l’acte (bien que le recours aux forfaits ait progressé ces dernières années).

Les services de santé remboursés sont fournis par des prestataires individuels et par des institutions publiques ou privées quid’une manière généraledoivent respecter les mêmes règlesjouissent de la même liberté thérapeutique et proposent les mêmes services. Les patients sont libres de choisir leurs prestataires de soins et ont accès à la plupart des soins spécialisés et hospitaliers sans évaluation préalable par un médecin généraliste.

Le nombre de médecins est régulé par un contingentement (système de quotas)

La densité de médecins en activité est relativement stable et inférieure à la moyenne de l’UE-15 (3,1 pour 1000 habitants en Belgiquecontre 3,8 pour 1000 habitants de l’UE-15 en 2018 ; la notion de médecin en activité recouvre toutefois des réalités différentes d’un pays à l’autre).

Il importe aussi de souligner que le corps médical belge vieilliten particulier en médecine générale. En 201844,3 % des médecins en activité étaient âgés de 55 ans ou pluscontre 24,1 % en 2000. Du côté des infirmiersle nombre de prestataires en activité a augmenté (passant de 8,8 à 11,2 pour 1000 habitants entre 2004 et 2017)mais le nombre de patients par infirmier dans les hôpitaux reste élevé.

L’accès aux spécialisations médicales (y compris la médecine générale) est limité par un système de quotas. Des quotas globaux déterminant le nombre maximal de médecins ayant accès aux spécialisations sont fixés par le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sur la base des recommandations de la Commission de Planification Offre Médicale du SPF Santé publiquequi se charge d’évaluer les besoins en médecins. Un système de quotas comparables existe également pour les dentistes.

La régulation des professionnels de la santé est en cours de modernisation

Une réforme de la régulation des professionnels de la santé est en cours depuis 2014. Elle s’articule autour de trois grands piliers : des fournisseurs de soins compétentsdes soins de santé intégrés et multidisciplinaires et des soins centrés sur le patient. De nouveaux titres et compétences professionnels ont été créés (p.ex. infirmier de pratique avancéehygiéniste bucco-dentaire) et une nouvelle loi sur la qualité de la pratique des soins de santé a été élaborée.

Le paysage hospitalier est en grande mutation

En ce qui concerne le secteur hospitalierdes fusions ont débouché sur la formation d’établissements plus grands couvrant plusieurs sites. Les hôpitaux sont classifiés en hôpitaux aigushôpitaux spécialisés ou gériatriques et hôpitaux psychiatriques. En décembre 2018le pays comptait 174 hôpitaux (105 aigus9 spécialisés ou gériatriques60 psychiatriques) totalisant 288 sites. La distribution géographique des hôpitaux et le nombre de lits reflètent  la répartition de la population.

Le nombre maximal de lits dans les hôpitaux aigus est fixé depuis 1982. Il existe également une programmation nationale pour l’appareillage médical lourd et pour certains services et programmes de soins spécialisés. La densité de lits aigus a connu une diminution progressive (passant de 620 à 497 pour 100.000 habitants entre 2000 et 2018)et on peut s’attendre à ce que cette tendance se poursuive. Par contrela capacité en lits d’hospitalisation de jourde gériatrie et de soins chroniques va devoir augmenter pour répondre à l’évolution des besoins. Comme dans les pays voisinsla durée moyenne de séjour en soins aigus a diminué sous l’effet de multiples facteursdont notamment les incitants mis en place pour accroître l’efficience.

Le financement des hôpitaux belges repose sur une double structure de rémunération en fonction du type de service dispensé. (1) Les activités infirmières et non médicales sont financées par le biais d’un budget national fermé (Budget des Moyens Financiers – BMF) établi sur une base annuelle et alloué aux établissements en fonction d’un large éventail de critères et paramètres. La sous-partie principalequi couvre les frais de fonctionnement des services cliniquesest basée sur une « activité justifiée » dépendant de la durée moyenne nationale des séjours par pathologie (All Patient Refined-Diagnosis Related Groups / APR-DRG). (2) Les actes médicaux et médico-techniques (consultationslaboratoireimagerie médicaleprocédures techniques) et les activités paramédicales (kinésithérapie) sont rémunérés principalement par un système de paiement à l’acte.

Une refonte du paysage hospitalier – y compris les urgences – est également en coursavec des initiatives de concentration des soins complexescoûteux ou de haute technologieainsi qu’une coopération et une répartition des tâches au sein de réseaux locorégionaux et suprarégionaux.

Des mesures spécifiques ont également été mises en place pour contrôler les dépenses et améliorer la qualité des soinsdont l’introduction d’un programme de paiement à la performance (pay for performance ou P4P) et d’un système de montants globaux prospectifs pour les séjours hospitaliers impliquant des soins standardisablespeu complexes et qui varient peu d’un patient à l’autre.

Les soins de première ligne et les soins intégrés sont renforcés

Bien que les généralistes ne jouent pas un rôle de filtre (gatekeeping)des mesures ont été prises pour renforcer leur position en tant que point d’entrée privilégié pour accéder aux services de santé. Des initiatives ont également été développées pour améliorer la continuité et la qualité des soins (p.ex. les trajets de soins et les projets pilotes de soins intégrés en faveur des malades chroniquesou encore le développement d’un réseau national d’Evidence-Based Practice (EBP)).

Les patients sont de plus en plus impliqués dans leurs soins

Une grande attention est également accordée à l’autonomisation (empowerment) des patients et à leur implication dans leur propre prise en chargeen particulier dans les situations chroniques. Des efforts sont également réalisés pour améliorer leur connaissance de leurs droits en tant que patientspour leur donner accès à leurs données de santé personnelles et pour les impliquer dans les processus de prise de décision les concernant et dans la recherche. Leur satisfaction est aussi de plus en plus souvent prise en compte dans le financement des soinsen particulier au travers de l’intégration des PREMs (Patient Reported Experience Measures) au programme de paiement à la performance (P4P) des hôpitaux.

Des collaborations internationales ont été créées en réaction aux prix élevés des spécialités pharmaceutiques

Les spécialités pharmaceutiques – même en vente libre (OTC) – sont distribuées exclusivement par le biais de pharmaciesqu’il s’agisse d’officines de quartier ou de pharmacies hospitalières. Pour bénéficier d’une intervention de l’assurance obligatoire soins de santéles médicaments doivent être repris sur une liste positive des remboursements. Le pourcentage de remboursement varie suivant l’importance thérapeutique du produit et le statut socio-économique du patient (droit à l’intervention majorée). Plusieurs mesures ont été prises pour soutenir l’innovationrenforcer le rôle des pharmaciens d’officineaméliorer l’accessibilité et promouvoir une utilisation efficiente des médicaments. Néanmoinsl’augmentation exponentielle du prix des spécialités innovantes et le manque de transparence des accords confidentiels autour de ces prix font peser une menace sur le système et requièrent des solutions nouvellescomme par exemple la récente initiative BeNeLuxA. Celle-ci a pour objectif d’augmenter l’accessibilité en développant une collaboration entre pays autour des politiques du médicament en matière d’analyse prospective (horizon scanning)d’évaluation des technologies de santé (health technology assessment – HTA)de partage d’informations et de stratégies politiques et de fixation des prix et politiques de remboursement.

Les patients restent chez eux le plus longtemps possible

En ce qui concerne les soins de santé mentaleles soins palliatifsles soins de longue durée et de réadaptationl’accent est aujourd’hui placé sur la désinstitutionalisation et le développement de soins à domicile et dans la communautéafin de permettre aux patients de rester le plus longtemps possible dans leur environnement familier.

Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour les soins préventifs et les soins dentaires

La promotion de la santé et la prévention des maladies relèvent de la responsabilité des entités fédéréesmais des conférences interministérielles de santé publique réunissant les autorités fédérales et fédérées y jouent également un rôle important. Les évaluations de l’état de santé de la population et de la performance du système de santé soulignent toutefois la nécessité d’un renforcement des politiques de prévention.

En ce qui concerne les soins dentairesbien qu’il existe des incitants aux contacts réguliers avec un dentiste (p.ex. la majorité des procédures préventives et restauratives sont intégralement remboursées chez tous les enfants jusqu’à 18 ans etchez les adultescertains soins dentaires sont mieux remboursés lorsque le patient a eu un contact avec un dentiste au cours de l’année précédente)divers traitements ne bénéficient d’aucune intervention de l’assurance obligatoire soins de santé (p.ex. le placement de prothèses fixesla majorité des traitements parodontauxles implants dentairesl’orthodontie chez l’adultel’application de fluorure). Globalementles soins dentaires restent les services de santé les moins bien couverts : en 2017à peine 38,6 % des dépenses de santé dentaire étaient prises en charge par l’assurance obligatoire.

Les réformes se concentrent sur l’amélioration de l’accessibilitéde la durabilitéde l’efficience et de la qualité

L’accessibilité des soins et la durabilité du système de santé sont des objectifs constants pour les autorités de santé belges ; entre 2014 et 2019 sont venues s’y ajouter la qualité et l’efficience.  Il s’en est suivi l’implémentation de plusieurs mesures visant à améliorer la structuration et la qualité des soinsavec une forte promotion des « soins multidisciplinaires et intégrés »de la « concentration de l’expertise »des « trajets de soins »de « l’autonomisation des patients »de « l’evidence-based practice »des « soins basés sur les résultats » (outcome-based care)de l’approche « one-health »ainsi qu’une restructuration de la régulation des professionnels de la santé. L’amélioration des échanges d’information entre les différents prestataires et environnements de soins a fait l’objet d’un « plan eHealth »portant sur l’informatisation des dossiers médicauxla prescription électronique et l’accès des patients à leurs données de santé personnelles. Le système de santé belge est également en évolution afin de répondre à la réalité d’une population vieillissanted’une progression des maladies chroniques et du développement de technologies nouvelles.

Sur le plan de la gouvernancele transfert de compétences de santé supplémentaires de l’État fédéral vers les entités fédérées s’aligne sur la réorganisation générale de l’État belge. Des initiatives visant à accroître la responsabilité publique et à contrôler la performance du système ont également été prisesnotamment par le biais du cadre d'évaluation de la performance du système de santé (HSPA). Des discussions sont par ailleurs en cours autour d’objectifs de santé nationaux pouvant servir de guide aux décideurs politiques.

Au cours des années à venirla Belgique continuera sur sa lancée et d’autres mesures majeures  visant à  améliorer la qualité des soins et l’efficience du système de santé sont attendues. Parmi elleson peut citer la poursuite de la refonte du paysage hospitalierdes réformes des soins de santé mentale et des projets de soins intégrésle développement du concept de système national de recherche en matière de santé (Health Research SystemHRS)la réforme de la nomenclaturel’implémentation de la nouvelle loi sur la qualité des soins de santé et l’intégration potentielle au système d’assurance maladie obligatoire de certaines populations vulnérables (p.ex. les détenus) actuellement couvertes par d’autres systèmes.

L’accès à des services de santé de haute qualité est globalement bonmême si quelques défis demeurent

En termes de performanceune évaluation récente (2019) du système de santé belge a conclu à un bon accès global à des services de santé de haute qualité. On observe également une tendance à une utilisation plus efficiente des services de soinsnotamment grâce à un recours accru aux médicaments bon marché et à une réduction de la durée du séjour en maternité après un accouchement normal. Il demeure néanmoins certains défis au niveau de l’adéquation des soins pharmaceutiques (recours excessif aux antibiotiques et psychotropes)de la disponibilité future des médecins généralistes (augmentation de leur âge moyen)de la disponibilité des infirmiers dans les hôpitaux (nombre élevé de patients par infirmier) et de l’accessibilité de certains services tels que les soins dentairesen particulier dans les groupes à faibles revenus. La proportion de personnes rapportant des besoins médicaux non rencontrés en raison du coûtdu temps d’attente ou de la distance est de 3,7 % (UE-15 : 3,6) pour les soins dentaires et de 2,2 % (UE-15 : 2,0) pour les soins médicaux. Le coût est la principale raison de report en Belgiqueavec une proportion de personnes rapportant des besoins médicaux non rencontrés pour des raisons financières supérieure à la moyenne de l'UE-15 (3,6 % contre 3,1 % pour les soins dentaires et 2,0 % contre 1,1 % pour les soins médicaux en 2017)en particulier dans le quintile de revenus les plus basoù elle atteint respectivement 8,9 % pour les soins dentaires (UE-15 : 6,9 %) et 5,6 % pour les soins médicaux (UE-15 : 2,5 %).

Soulignons également quequoique l’état de santé de la population soit globalement bon et que la mortalité évitable (par des soins appropriés ou par des mesures de prévention) soit en baisseon observe d’importantes inégalités socio-économiques dans tout l’éventail des indicateurs de santé.

En ce qui concerne la gouvernancela nouvelle répartition des compétences (et des budgets) entre l’État fédéral et les entités fédérées risque d’entraîner une complexité et une fragmentation croissantes du système. Le défi sera alors d’éviter la perte d’efficience.

En conclusionquelles seront les prochaines étapes ?

Dans les années à venirles décideurs politiques continueront à plancher sur ces défis et à s’attacher à améliorer l’accès à des soins de haute qualitétout en renforçant l’efficience et la pérennité du système. On  doit également s’attendre à ce qu’une attention accrue soit accordée à la résilience du systèmeétant donné les nouveaux défis qui seront inévitablement mis en lumière par la crise du COVID-19.

4. Rapport complet

Le rapport completrédigé en anglaisest téléchargeable via le lien suivant: Belgium Health system review 2020.