×

注意!页面内容来自https://www.larousse.fr/encyclopedie/pays/Taïwan/145805,本站不储存任何内容,为了更好的阅读体验进行在线解析,若有广告出现,请及时反馈。若您觉得侵犯了您的利益,请通知我们进行删除,然后访问 原网页

Taïwan

en chinois Taïwananciennement Formose

Nom officiel : République de Chine

Carton de situation - Taïwan
Drapeau de Taïwan
Drapeau de Taïwan

Île située au S.-E. de la Chine continentaleTaïwan est séparée de celle-ci par le détroit de Taïwan ; elle est baignée au nord par la mer de Chine orientaleà l'est par l'océan Pacifique et au sud par la mer de Chine méridionale.

  • Superficie : 36 000 km2
  • Nombre d'habitants : 23 500 000 (estimation pour 2018)
  • Nom des habitants : Taïwanais
  • Capitale : Taipei
  • Langue : chinois
  • Monnaie : dollar de Taïwan
  • Chef de l'État : Lai Ching-te
  • Chef du gouvernement : Cho Jung-tai
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 25 décembre 1946
    • Entrée en vigueur : 25 décembre 1947
    • Révisions : avril 1991mai 1992juillet 1994juillet 1997avril 2000juin 2005
Pour en savoir plus : institutions de Taïwan

STATISTIQUES : DÉMOGRAPHIE

  • Densité : 650 hab./km2
  • Part de la population urbaine (2021) : 79 %
  • Structure de la population par âge (2021) :
    ● moins de 15 ans : 13 %
    ● 15-65 ans : 71 %
    ● plus de 65 ans : 16 %
  • Taux de natalité (2021) : 7 ‰
  • Taux de mortalité (2021) : 7 ‰
  • Taux de mortalité infantile (2021) : 4 ‰
  • Espérance de vie (2021) :
    ● hommes : 78 ans
    ● femmes : 86 ans

Taïwan possède une des densités de population les plus élevées du monde : 650 habitants au km2 en moyenne — 1 500 habitants au km2 dans l'ouest de l'îleles terres montagneuses et forestières étant à peu près désertes. Les Chinois constituent l'essentiel du peuplement. Il existe des minorités proto-malaises sur les hauteurs. Le taux de fécondité n'assure plus la croissance de la populationvieillissante (l'espérance de vie des femmes à la naissance est une des plus élevées du monde). Taipeila capitaledomine le réseau urbaindevant Kaohsiung (1,5 million d'habitants).

STATISTIQUES : ÉCONOMIE

  • GÉNÉRALITÉS
  • RNB : n.d.
  • RNB/hab. : n.d.
  • RNB/hab.PPA : n.d.
  • IDH : n.d.
  • Taux de croissance annuelle du PIB (2009) : -1,9 %
  • Taux annuel d'inflation (2003) : -0,3 %
  • Structure de la population active (2006) :
    ● agriculture : 5,4 %
    ● mines et industries : 36,6 %
    ● services : 58 %
  • Structure du PIB (2006) :
    ● agriculture : 1 %
    ● mines et industries : 27 %
    ● services : 72 %
  • Taux de chômage (2011) : 4,9 %
  • Tourisme
  • Recettes touristiques : n.d.
  • Commerce extérieur
  • Exportations de biens (2009) : 274 641 millions de dollars
  • Importations de biens (2009) : 174 582,0 millions de dollars
  • Défense
  • Forces armées (2004) : 290 000 individus
  • Dépenses militaires (2007) : 3,25 % du PIB
  • Niveau de vie
  • Incidence de la tuberculose pour 100 000 personnes : n.d.
  • Part en % des richesses détenues par les 10 % les plus élevés : n.d.
  • Part en % des richesses détenues par les 50 % les moins élevés : n.d.
  • Dépenses publiques d'éducation : n.d.

L'accord-cadre de coopération économique avec la Chine populaire libéralisant les échanges commerciaux entre les deux pays en juin 2010 – a accéléré la réorientation du commerce extérieur de l'îlequi représente autour de 56 % du PIB de 2019 à 2021 et dont plus de 42 % des exportations (dominées par les produits électroniques et les semi-conducteurs) sont à destination du voisin chinois et de Hongkong (14 %)devant les États-Unisl'UEle Japon2e fournisseur derrière la Chinel'UE et la Corée du Sud. Le gouvernement répond rapidement et avec une grande efficacité à la pandémie de Covid–19 en fermant ses frontièresmais sans confiner sa populationce qui lui permet de contenir la crise sanitaire et économique en 2020. La croissance est maintenue autour de 3 % avant une forte reprise de plus de 6 % en 2021 et estimée à 4,3 % en 2024.

GÉOGRAPHIE

Considérée par la Chine comme sa 23e provinceTaiwan est administrée de faitsous le nom de république de Chinepar son propre gouvernementdepuis 1949.

L'îletraversée par le tropique et abondamment arrosée par la mousson en étéest forméeà l'estde montagnes élevées età l'ouestde collines et de plaines intensément mises en valeur (canne à sucrerizlégumes et fruits). Le secteur industriel (textilesmatériel électrique et électroniqueplastiquesjouets)à vocation exportatriceest devenu le moteur d'une économie qui a connu un essor spectaculaire.

1. Le milieu naturel

Géologiquementl'île est un socle constitué de terrains allant du paléozoïque au crétacédéformés par des plissements à l'oligocène. Mais ce sont des fractures plus récentes (pliocènes et quaternaires) qui ont décidé du relief actuel : une chaîne très élevéeles Chungyang Shanculmine à près de 4 000 m d'altitudeparallèlement à la côte orientale dont elle est séparée par la dépression et les monts Taitung (1 000 m) ; elle est flanquée à l'ouest de chaînes méridiennes (Yü Shan et Hsüeh Shan)qui dominent elles-mêmes des collines et des bassinsetenfinla grande plaine alluviale de l'Ouestélargie au centre sur 45 km. L'îletropicaleest chaude et humide (15 °C en février à Taipei) et il tombe partout plus de 1 500 mm de pluies. Le relief différencie localement ces conditions : la plaine reçoit de 1 500 à 2 000 mm de précipitations de la mousson d'été et a un hiver sec ; mais jusqu'à 6 m de pluies tombent par an sur la côte orientale. EnfinTaïwan est sur la trajectoire des typhons quien septembrese dirigent vers le Japon. La forêtdéfrichée dans la plaine occidentalecouvre encore les trois cinquièmes de l'îlecomposée d'espèces pénétropicales jusque vers 1 700 mtempérées plus haut (chênesérablesormes) etau-dessus de 2 700 mde conifères.

2. La population

À l'originel'île de Taïwan était essentiellement peuplée de Paléomongoloïdesou Proto-Malaisrattachés au sous-groupe malayo-polynésien de la vaste famille linguistique austronésienne. Aujourd'huicette population primitive vit dans les régions montagneuses de l'île. Depuis une dizaine d'annéeselle revendique avec force son identité culturelle et linguistiqueet réclame la restitution de ses terres. Sa lutte rejoint d'ailleurs le combat plus généralengagé par l'ensemble des insulairespour la reconnaissance d'une identité taïwanaise.

Mais ces Taïwanais de souche ne représentent actuellement que 1,6 % de la population de l'îlela majeure partie des habitants (98 %) étant d'origine chinoise. Les premiers Chinois seraient arrivés à Taïwan au ixe s. Pourtantce n'est qu'à partir du xviie s.sous les Qingque la colonisation chinoise se développe réellement. Des habitants de la province du Fujian – à laquelle Taïwan est rattachée jusqu'en 1887 – quittent le continent pour s'installer sur l'île. En 1811grâce à ces colons qui parlent le dialecte minnanTaïwan compte 2 millions d'habitants. Par ailleursdes Hakkas venus de la province de Canton s'installent à leur tour sur l'îleconstituant une nouvelle vague de colonisation.

En 1895après deux siècles de rattachement à la Chinela province de Taïwan devient une colonie japonaise. En un demi-siècleles Japonais réussissent à imposer leur langue et bien des traits de leur civilisation. Maisen 1945Taïwan repasse aux mains des Chinoisce retour à la Chine entraînant l'arrivée massive de nouveaux « continentaux » dans l'île. En effetaprès la défaite du nationaliste Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) sur le continent (1949)2 millions de Chinois trouvent refuge à Taïwan. Ces derniers viennent s'ajouter aux 6 millions de Taïwanais occupant déjà l'île.

Actuellementces apports successifs ne constituent plus un problème majeur. Le droit des minorités est reconnu et respecté. Le minnanpersécuté du temps de Jiang Jieshi au profit du mandarinest aujourd'hui parléécrit et diffusé sur les ondes. Les colons originaires du Fujian – soit 75 % de la population actuelle – continuent donc à utiliser leur dialectemais la plupart d'entre eux connaissent également le mandarinappris à l'école. Les Hakkas s'exprimenteux aussivolontiers dans leur langue. Quant aux « continentaux »ils ne parlent que le mandarin. Quoi qu'il en soittous ont de plus en plus conscience d'une identité taïwanaisejouissant de certaines spécificitésdans le cadre d'une culture chinoise acceptée par tousou presque.

ActuellementTaïwan est l'un des pays qui possède la densité de population la plus élevée du monde : 600 habitants par km2 en moyenne – 1 500 habitants par km2 si l'on exclut les terres montagneuses et forestièresà peu près désertes. Pourtantdès les années 1950le gouvernement a imposé une politique de contrôle des naissanceslimitant le nombre d'enfants à deux par famille. Le niveau d'instruction est élevésemblable à celui du Japon ou de la Corée du Sud : l'île ne compte que 6 % d'illettrés. Taïwan possède donc toutes les caractéristiques d'un pays développéce qui fait d'elle un nouveau pays industrialisé (N.P.I.). En trois décenniesTaïwan est ainsi devenue l'un des « dragons asiatiques ».

3. L'économie de l'après-guerre

Après la Seconde Guerre mondialesous l'impulsion des Américainsdésireux de faire de Taïwan un « porte-avions insubmersible » face à la Chine communistel'île a connu de profonds bouleversements économiques. À l'instar du Japonl'État a joué un rôle décisif dans ces réformes. Le puissant ministère du Commerce extérieur a notamment favorisé les exportations par la sous-évaluation du yuan et développépar divers avantagesles productions nationalespour les substituer à de coûteuses importations. L'État a également profité de la confiscation des entreprises japonaises pour assureren 195252 % de la valeur de la production industrielle de l'île. Maiscomme dans le Japon de l'ère Meijiune fois réalisés les principaux investissementsle gouvernement taïwanais a passé la main au secteur privé. Des conglomérats se sont développés dans l'industrie lourde – l'acierle ciment et la pétrochimie. Ces ensembles industriels sont étroitement liés au gouvernement et à son partile Guomindangà l'imitation des chaebols sud-coréens et des keiretsu japonais.

La première étape de la politique de reconstruction économique a été la réforme agraireréalisée entre 1951 et 1953. La propriété a été limitée à 3 hectares pour la riziculture et 6 hectares pour les cultures sèchesl'État rachetant le surplus aux grands propriétairesindemnisés par des bons du Trésor et des actions dans les entreprises d'État. Les anciens notables ruraux ont réinvesti leurs capitaux dans de multiples petites entreprises. Cela a permis l'émergence d'une nouvelle classe moyennemoderne et relativement instruite. Quant aux 200 000 paysansnaguère fermiers de leurs terresils sont devenus propriétaires de petits lopins de terredans d'excellentes conditions. Grâce à ces mesuresla production agricole s'est considérablement accrue. L'agriculture est prospère : canne à sucrerizlégumes et fruitsthécomplétée par la pêche et l'aquaculture.

4. Une puissance économique mondiale

Un peu de houille et de gaz sont les seules ressources notables du sous-sol. L'électricité est fournie pour près de moitié par les centrales nucléaires. Le secteur industrielfondement de la puissance économiqueimporte ses matières premières et les produits de base et exporte des produits élaborés. Il est devenu le moteur d'une économie qui a connu un essor spectaculaire. Dominé autrefois par les industries de main-d'œuvre (faisant de la sous-traitance pour le compte de firmes étrangères)il concerne maintenant de plus en plus les secteurs de la technologie de pointe. Taïwan est le troisième producteur mondial de semi-conducteurs et le deuxième producteur mondial d'écrans plats. Les matériels électriques et électroniques viennent en tête des exportationssuivis par le textileles objets de plastique et les jouets. Le tourisme est important. Le Japonla Chine continentale et les États-Unis sont les principaux partenaires de Taïwan.

Le développement industriel s'est fait en trois étapes. Durant les vingt premières annéesTaïwan a favorisé principalement l'essor des industries de main-d'œuvre. Ensuitevers 1970la politique s'est orientée vers le développement des industries de capitaux à forte valeur ajoutée. Cela s'est traduit notamment par la création de zones industrielles franchesà Kaohsiung en 1966 et à Nanhoi en 1970. Depuis les années 1990avec l'apparition de technopoles vouées à la très haute technologie – au nordle parc industriel scientifique de Hsinchuouvert dès 1980etau sudcelui de Hsinshihouvert en 1996 –Taïwan utilise au mieux la qualité exceptionnelle de sa main-d'œuvre. Un énorme pôle financierboursier et aéroportuaire – le « Centre d'opération régionale de l'Asie pacifique » – se développe le long de l'autoroute Sun Yat-sendans la gigantesque conurbation formée par KeelungTaipei et Kaohsiung. Ces conglomérats financiers et industriels coopèrent avec 900 000 P.M.E.qui assurent la majorité des emplois. Ils entretiennent généralement d'étroites relations avec des multinationales américainesmais sont aussi en très bons termes avec le parti démocratique progressiste. Comme souvent d'ailleurs en Asie orientalele politique et l'économique s'interpénètrentce qui facilite le financement des entreprisesmais constitue également un facteur de fragilité.

En effetcette réussite repose sur le maintien de l'actuel statu quo avec la Chine populaire – une indépendance de faitmais non de droitde l'île de Taïwan –qui rassure les investisseurs étrangers et favorise des délocalisations rentables sur le continent. L'avenir de Taïwan dépend donc de l'évolution de la situation politique et des relations internationales.

HISTOIRE

1. De la colonisation chinoise à la mainmise nationaliste

L'île est colonisée par les Chinois au xiie siècle. Les Portugaisqui la découvrent en 1590lui donnent le nom d'Ilha Formosa (Formose)mais ne peuvent s'y implanter. Plus heureuxles Hollandais fondent Anping sur la côte ouest (1624) et repoussent une tentative espagnole sur Keelung (1642). Le pirate chinois Koxinga s'empare de l'île (1661)qui devient une principauté autonome ; maisconquise par les empereurs mandchousl'île devient chinoise (1683). En 1860les Occidentaux obtiennent l'ouverture de Taïwan à l'influence des missionnaires catholiques et protestants. À la suite du massacre de pêcheurs japonais échoués sur la côte (1871)un corps d'armée japonaiscommandé par Saigo Tsugumichidébarque dans le Sud (1874)puis l'évacue après versement d'une indemnité. Lors de la guerre du Tonkinl'amiral Courbetpour le blocus du rizoccupe Keelungmais Lespès échoue devant Tanshui (1884). Lors de la paix de 1885la France renonce à l'îleque les Japonais annexent par la paix de Shimonoseki (avril 1895). Durant la Seconde Guerre mondialeils font de Taïwan une base d'invasion. À la conférence du Caire (1943)Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) se voit promettre la restitution de Taïwanqui a lieu en septembre 1945.

Les envoyés du Guomindangbien accueillis à leur arrivéese comportent comme en pays conquistenant ouvertement les insulaires pour des « collaborateurs » de l'occupant nippon ou pour des Chinois de seconde zone. De plusils apportent avec eux toutes les tares qui minent le régime sur le continent : inflation galopantechômage massifcorruption généralisée. En février 1947une émeuteà Taipeiaboutit à une insurrection générale de l'île. Le gouverneur négocie alors avec des élus de la population qui exigent dans une certaine confusion le retrait des forces nationalistes et une véritable autonomie. Mais des renforts militaires envoyés du continent à partir du 5 mars se livrent pendant dix jours à une répression impitoyablequi sera prolongée de façon ordinaire jusqu'en 1954 par une terreur blanche permanente. On parle en tout de 10 000 à 20 000 victimes.

2. La Chine nationaliste de Jiang Jieshi

Après la victoire de la Chine populaire (1949)l'île devient le refuge de la Chine nationaliste ; elle est officiellement cédée par le Japon au traité de San Francisco (septembre 1951). CependantJiang Jieshi continue de faire de la reconquête de la Chine continentale l'objectif théorique de sa politique etdurant vingt ansla République de la Chine nationaliste (Taïwan et trois îles voisines)qu'il dirigeassume l'apparence de la légalité chinoise dans les organismes internationaux. De son côtéle gouvernement de Pékin ne cesse d'affirmer ses droits sur Taïwan. Aussiavec l'appui des États-UnisJiang Jieshi entretient-il une armée de 600 000 hommesqui absorbe plus de 80 % du budget de l'île. En novembre 1966Jiang Jieshidont le filsle ministre de la Défense nationaleJiang Jingguo fait figure d'héritier présomptiflance la « Rénovation culturelle »destinée à sauvegarder les « valeurs traditionnelles de la société chinoise » menacées par la « Révolution culturelle des rouges ».

Si Jiang Jieshi et le Guomindang se maintiennent au pouvoir lors des élections de 1972la situation du gouvernement nationaliste n'en est pas moins fortement modifiée à partir du moment où les États-Unis prennent contact avec le gouvernement de Pékin. La prétention de représenter l'ensemble de la Chine doit être abandonnée après que l'Assemblée générale de l'ONU eut expulsé la délégation de Taipei (25 octobre 1971). Les États-Unis reconnaissent bientôt le fait accompli.

Après la mort de Jiang Jieshi (avril 1975)Yen Chia-kan devient président de Taïwantandis que Jiang JingguoPremier ministredevient président du Guomindang. En 1978il est élu président de la Républiquedétenant ainsi la majeure partie des pouvoirs. En 1979les États-Unis reconnaissent officiellement la République populaire de Chine et rompent leurs relations diplomatiques avec Taïwan dont ils restentcependantle principal appui.

3. Lee Teng-hui et la libéralisation du régime

Le 14 juillet 1987la levée de la loi martialeimposée à l'île par Jiang Jieshi le 19 mai 1949ouvre une ère nouvelle dans la vie politique de la République de Chine. Après la mort de Jiang Jingguole 13 janvier 1988et la désignation comme successeur d'un Taïwanais d'origineLee Teng-huile démantèlement de l'appareil répressif du Guomindang s'accélère. Déjàles dirigeants élus par le XIIIe congrès du Guomindangen 1988sont en majorité des Taïwanais et non plus des continentaux. Les opposants libéraux au régime et les partisans d'une autonomie ou d'une indépendance de l'île s'étaient organisés en une formation « hors parti » (tangwai) dès 1978mais ils avaient connu des échecsdes divisions internes et diverses périodes de répression. En septembre 1986le parti démocratique progressiste (Democratic Progressive Party [DPP]) affronte les élections sans succès notableen proposant des réformes politiques libérales et l'indépendance de l'île.

Dans les années 1990-1995cependantla vie politique se développe dans un climat plus libresurtout dans le Sudautour de Kaohsiung. Le 28 février 1995Lee Teng-hui présente ses excuses officielles pour la répression de 1947érige un monument dédié aux victimes et fait du jour anniversaire de la tragédie une fête chômée. Le pas décisif est franchi le 23 mars 1996avec l'élection au suffrage universel par 54 % des voix – la participation est de 75 % – de Lee Teng-huicandidat officiel du Guomindang. En perte de vitesse et désormais amputé de ses membres restés fidèles à la thèse de la reconquête du continentce dernier cherche à normaliser ses relations avec la Chine populaireen espérant pérenniser le statu quo qui assure à l'île une indépendance de facto. Après les élections locales de novembre 1997le DPP devient le premier parti de l'île avec 43,32 % des voixdevant le Guomindang42,12 %. S'étant peu à peu rallié à l'idée du maintien du statu quo et renonçant à une indépendance formelle dont la Chine populaire fait un casus belliil souligne la nécessité de réformes démocratiques de fond. En décembre 1998le Guomindang remporte les élections législatives et localesavec 46,43 % des voixmettant finprovisoirementà la lente érosion de son électorat entamée depuis plusieurs années. Le DPP enregistrequant à luiun léger reculavec 29,56 % des suffrages. Les Taïwanais sont alors rassurés devant la relative bonne résistance de leur économie emportée par la tourmente de la crise asiatique.

4. « Indépendantistes » face au Guomindang : les rapports avec la Chine populaire au cœur de la politique taïwanaise

La question des relations avec la Chine populaire devient centralemais controversée et conflictuelle à la suite d’une réunion organisée à Hongkong en novembre 1992 entre les représentants de l’Association pour les relations à travers le détroit de Taïwan (ARATS) pour Pékinet la Fondation des échanges entre les deux rives (SEF) pour Taipei. Ce qui sera désigné comme le « consensus de 1992 » – les deux parties reconnaissent le principe d’« une seule Chine » mais l’interprètent différemment – en sera le fruit sans être cependant reconnu par le DPP. À trois reprisesle régime communiste confirme sa détermination en organisant des manœuvres militaires visant à intimider Taïwan (juillet et août 1995mars 1996). À l'automne 1998de hauts responsables de Taïwan et de la Chine populaire entament des négociations difficiles : Pékin veut tirer avantage du retour réussi de Hongkong sous souveraineté chinoise en 1997 pour faire pression sur Taïwanquide son côtécherche à faire reconnaître par les communistes son indépendance. Pékin multiplie les menaces contre l'île nationaliste après la proposition par Lee Teng-huien juillet 1999de la formule « relations d'État à État » pour évoquer les relations entre Taïwan et la Chine.

4.1. L’accession au pouvoir du DPP et la présidence de Chen Shui-bian

En mars 2000malgré les diverses tentatives d'intimidation de Pékin tout au long de la campagne électoralele candidat de la mouvance indépendantiste Chen Shui-bianprésident du DPPremporte l'élection présidentielle (39,3 %)devant James Soong (36,8 %)candidat « dissident » du Guomindanget Lien Chan (23,1 %)candidat « officiel » de ce même parti ; ce scrutin met fin à cinquante ans de pouvoir sans partage du Guomindang. En butte à l'hostilité des dirigeants chinoisle nouveau président taïwanaisentré en fonctions le 20 mai 2000s'emploie aussitôt à rassurer Pékin en appelant au dialogue et en proposant l'organisation d'un « sommet de la paix ».

Les élections législatives de décembre 2001 confirment l'importance croissante du DPP dans le paysage politique ; celui-cien obtenant 87 des 225 sièges du Parlementdevient la première force politique du pays. La formation d'une alliance avec le parti de la Solidarité taïwanaise (TSUradical indépendantiste) donne au président Chen la marge de manœuvre minimale au Parlement qui lui faisait défaut depuis son élection en 2000. Le Guomindangquant à luipâtit d'une image ternie par des années de corruptionalors même que les difficultés économiques rencontrées par l'île nationaliste auraient dû lui être favorables. Maisles électeurs ont préféré réaffirmer clairement leur spécificité face au continenten dépit de la forte attraction exercée par une Chine populaire en pleine expansion (« fièvre de Shanghai ») auprès de nombre d'hommes d'affaires taïwanais.

La posture irrédentiste de la Chine n'évolue guèrecette dernière se bornant à éviter de mettre en avant le thème de la force. Ainsila visite officielle du dalaï-lama à Taipei (avril 2001) comme le voyage « privé » aux États-Unis de Chen Shui-bian (mai-juin) ne suscitent guère de réactions de la part de Pékinquien revanchen'autorise pas le président à participer au sommet de l'APEC à Shanghai. Toutefoisle projet gouvernemental d'une nouvelle Constitution et celui visant à légaliser le recours au référendum (novembre 2003)relèventselon Pékindu séparatisme.

La courte victoire de Chen Shui-bian lors de l'élection présidentielle du 20 mars 2004 (le président sortant ne l'emportant que de quelques milliers de voix devant Lien Chancandidat du Guomindang) est vivement contestée par l'opposition qui dénonceen outrele mystérieux attentat dont a été victime le chef de l'État la veille du scrutin. Le président Chen essuie un échec dans le double référendum organisé le même jour sur le renforcement de la défense de l'île face à la menace des missiles chinois et sur l'ouverture de discussions avec la Chineinvalidé faute du quorum nécessaire. AffaibliChen Shui-bian infléchit sa politique quitte à décevoir ses partisansen réduisant la révision de la Constitution à un amendement purement technique sans toucher à la question controversée de l'indépendance formelle de l'île (le recours au référendum pour tout amendement constitutionnel sera adopté en 2006 selon des modalités très restrictives).

5. Le retour du Guomindang au pouvoir

Les élections législatives du 11 décembre 2004perdues par la coalition des indépendantistes au profit du Guomindang qui conserve avec ses alliés du Qinmindang la majorité au Yuan législatiféloignent un peu plus la perspective d'un glissement progressif vers l'indépendance. Quelques semaines après l'adoption par l'Assemblée nationale chinoise d'une loi antisécession légitimant le recours à la force contre Taïwan si celle-ci proclamait son indépendancela visite officielle et historique du leader du GuomindangLien Chanà Pékin le 29 avril 2005au cours de laquelle sont signés plusieurs accords visant à une réunification de l'île sous forme de province autonomeembarrasse le président Chen. La défaite du DPP aux élections régionales du 3 décembre 2005 puis les accusations de corruption éclaboussant l'entourage présidentiel entraînent une brutale désaffection des Taïwanais envers leur président (qui sera finalement condamné à la prison à vie pour détournement de fondsblanchimentfaux en écriture et corruption en 2009)plus de la moitié estimant qu'il devrait démissionner. Son partile DPPdésavoué par une part croissante de son électorat qui lui reproche sa remise en cause récurrente du statu quo dans les relations avec la Chine (campagne de « détchankaïtchekisation ») et l'aggravation de l'isolement international de l'île (comme en témoignenotammentla rupture des relations diplomatiques décidée par le Costa Rica en juin 2007)est sévèrement battu aux élections législatives du 12 janvier 2008 par le Guomindangqui enlève 81 sièges (sur 113) au Yuan. La victoire du candidat de l'oppositionMa Ying-jeou (58,4 % des voix)devant le candidat du DPPFrank Hsieh (41,5 %)lors du scrutin présidentiel du 22 marsconsacre le retour au pouvoir du Guomindang.

5.1. Ma Ying-jeou et le rapprochement avec la Chine

Le rapprochement avec la Chine se déroule dès lors en plusieurs étapes : en novembre 2008lors d’une rencontre historique depuis la fin de la guerre entre communistes et nationalistes chinois il y a 60 ansle président taïwanais reçoit Chen Yunlinresponsable chinois du département des relations entre la Chine populaire et Taïwan. Le mois suivantpremier signe concret du réchauffement des relations entre les deux paysla Chine et Taïwan inaugurent leurs premières liaisons aériennes directes quotidiennes et des services maritimes et postaux directs à travers le détroit sont établis. Enfincouronnement de ce rapprochementun accord-cadre de coopération économique (ECFA) libéralisant les échanges commerciaux entre les deux pays (suppression ou réduction des taxes sur des centaines de produits) est signé en juin 2010 et entre en vigueur en septembre.

En janvier 2012le président sortant Ma Ying-jeou est réélu pour un second mandat tandis que le Guomindang remporte les élections législatives. Investi en maile président veut poursuivre la politique de rapprochement pacifique avec la Chine populaire dans le cadre du statu quo (défini par les formules « pas d’unificationpas d’indépendance et pas de recours à la force » et d’« Une République de Chinedeux régions ») alors que Taïwan est désormais le premier investisseur étranger en Chine continentaledevenue son premier partenaire commercial.

En témoigne ainsi l’échange de bureaux entre l’Association pour les relations à travers le détroit de Taiwan (ARATS)et la Fondation des échanges entre les deux rives (SEF)basées respectivement à Pékin et à Taipei. Dans le même temps toutefoisil engage son gouvernement à accélérer les mesures de libéralisation commerciale afin de créer un environnement propice à l’adhésion de l’île au Partenariat Trans-Pacifique (TPP) proposé par les États-Unis et visant la création d’une vaste zone de libre-échange (signé par douze États en février 2016 mais en attente de ratification)un projet vu avec méfiance par Pékin qui prône de son côté la constitution d’un espace économique avec la Corée du Sud et le Japon.

Les concessions faites à la Chine provoquent cependant la crainte d’une grande partie de la population de voir l’île progressivement et insidieusement subir le même sort que celui de Hongkong. Mobilisés au sein d’un mouvement dit « des tournesols »les étudiants occupent ainsien mars-avril 2014le Yuan législatif pour protester contre l’adoption en force d’un traité de libre-échange peu transparent portant sur l’ouverture du secteur des services taïwanais aux investisseurs chinois. Alors que le soutien au chef de l’État est en chute librele DPP se rallie aux contestataires qui obtiennent gain de causele président du parlement s’engageant à faire adopter une loi-cadre de supervision des accords entre les deux rives du détroit avant un réexamen du texte incriminé.

6. Nouvelle alternance : la présidence de Tsai Ing-wen

En janvier 2016à l’issue d’une campagne électorale axée davantage sur les questions économiques (liées à l’essoufflement de la croissance sous l’effet notamment du ralentissement de l’économie chinoise) que sur les relations avec Pékinle DPP revient au pouvoir à la suite d’une éclatante victoire aux élections présidentielle et législatives. Sa présidenteTsai Ing-wen (qui avait été battue en 2012)première femme à accéder à la tête de l’Étatrecueille 56 % des suffrages contre 31 % au candidat du Guomindangen proie aux divisions et affaibli depuis 2014. Avec 68 sièges sur 113le DPP remporte pour la première fois une majorité au Yuan législatif. Particularité de ce scrutinle parti du nouveau pouvoir (NPP)fondé par le chanteur de rock Freddy Lim dans le sillage du « mouvement des tournesols » et porteur des aspirations de la jeunesse à une démocratie participative (dont le candidat obtient 12 % des voix au scrutin présidentiel)fait son entrée au parlement avec 5 sièges.

Dans son discours inaugural du 20 maila présidente se fixe parmi ses objectifs prioritaires une réforme du système économique et social taïwanais ainsi que la reprise des discussions commercialesy compris en vue de l’association de Taïwan au TPP. Concernant les relations inter-détroitsi elle appelle à un « dialogue positif » entre les deux gouvernementssa référence au « consensus de 1992 » reste évasive et prudentele terme de « consensus » n’étant pas prononcé même si ce « fait historique » est reconnutandis qu’elle rappelle comme fondation essentielle du dialogue avec la Chine le respect de la Constitution taïwanaise et des principes démocratiques. Une position jugée « incomplète » par Pékin qui accueille avec froideur et réserve cette victoire.

Les relations entre la Chinedont le régime se durcitet ce qu’elle considère comme la « province chinoise de Taïwan » se dégradent par la suite : Pékin multiplie ainsi les manœuvres militaires dans le détroit et poursuit sa politique d’isolement international de l’île. Parmi les rares pays maintenant des relations diplomatiques avec l’îlehuit États (dont PanamaLa République dominicainele Salvador et le Burkina Faso) rompent ainsi avec Taïwan au profit de la Chine à partir de 2016.

Parallèlementà la suite de l’accession à la Maison Blanche de Donald Trump en janvier 2017 que la présidente taïwanaise s’empresse de féliciter au risque de froisser Pékinles tensions sino-américaines s’aggravent.

Après la coupure des canaux de communication officieux inter-détroitles manifestations massives contre l’emprise de Pékin à Hongkong à partir de mars 2019 distendent de plus belle ces relations : des activistes pro-démocratie de la région autonome trouvent refuge à Taipeh et les événements hongkongais montrent la fragilité et les limites du principe « un paysdeux systèmes » de plus en plus massivement rejeté par les Taïwanais.

Cette méfiance croissante conduit en décembre à l’adoption par le Yuan législatif d’une loi « anti-infiltration » destinée à contrer l’influence exercée par Pékin et explique en grande partie la réélection le 11 janvier 2020 de la présidente sortante avec plus de 57 % des voix devant Han Kuo-yunmaire de Kaohsiung et candidat du KMT qui n’obtient que 38,6 % des suffrages. De plusle DPPpourtant sanctionné aux élections locales de 2018 et bien qu’en recul avec 62 siègesconserve sa majorité absolue. Ainsi confortéela présidente doit répondre en priorité à l’épidémie provoquée par l’apparition d’un nouveau coronavirus (SARS-CoV2) dans un foyer à Wuhancapitale de la province chinoise du Hubeiet dont les autorités de Taipeh sont alertées en décembre 2019. Ce qui va devenir la pandémie de Covid-19 prend une dimension politique particulière dans le contexte taïwanais.

Alors que le pays ne fait pas partie de l’OMS et qu’il a été privé de son statut d’observateur à son Assemblée en 2016 sous la pression de la Chinele gouvernement prend très rapidement des mesures de prévention après avoir été alerté de plusieurs cas de « pneumonie atypique » et avant l’apparition d’un premier cas importé de Wuhan sur l’île (21 janvier).

Ignorée par l’organisation internationaleune politique de strict contrôle – sans confinement de la population -dont celui des vols en provenance de Chine continentalecoordonnée par le Centre de commandement central des épidémiesvaut à Taïwan d’être relativement épargnée contrairement ce que l’on craignait du fait de sa situation géographique.

La crise sanitaire et la controverse sur le rôle de l’OMS (accusée par certainsdont le président américainde complaisance envers la Chine)sont l’occasion d’un resserrement des relations non officielles entre Taïwan et les États-Unisbasées depuis 1979 sur le Taiwan Relations Act.

Adoptée à l’unanimité par le Congrès – en octobre 2019 par le Sénat et le 4 mars 2020 par la Chambre des représentants - le Taiwan Allies International Protection and Enhancement Initiative (Taipei Act) est signé par le président des États-Unis le 27 mars. Rappelant les relations étroites économiquespolitiques et sécuritaires avec Taïwan affirmées par l’Asia Reassurance Initiative Act de 2018 face aux pressions de la Chine populairecette loi est destinée à soutenir l’adhésion de Taïwan aux organisations internationales dans la mesure du possible (en tant qu’observateur ou quand le statut d’État n’est pas un préalable). Elle autorise également les États-Unis à accroître dans certains cas leur aide économiquediplomatique et militaire aux pays qui rehaussent ou resserrent leurs relations avec Taïwan et à la diminuer dans le cas contraire. Ravivées par la pandémie et par la loi sur la sécurité nationale à Hongkong (mai) les tensions sino-américaines s’aiguisent dans la région avec la réitération du soutien à l’île par Washington et de nouvelles manœuvres militaires chinoises dans le détroit (septembre).

Pour partir en voyage à Taïwannous recommandons la fiche : Voyager à Taïwan avec Le Routard.

Drapeau de Taïwan
Drapeau de Taïwan
Jiang Jieshi
Jiang Jieshi
Parc national de Taroko
Parc national de Taroko
Taipei
Taipei
Taïwan
Taïwan
  • 1661 Le corsaire chinois Koxinga chasse les Hollandais établis à Taïwan.
  • 1683 Kangxi conquiert Taïwan.
  • 1894-1895 Guerre sino-japonaise. Les puissances occidentales limitent la victoire du Japonqui s'empare de Formose (Taïwan).
  • 1949 En Chineles communistes victorieux fondent la République populaire de Chinetandis que les nationalistes se replient à Taïwan.
  • 1971 Le siège de la Chine à l'O.N.U.qui était occupé depuis sa création par Taïwanrevient à la République populaire de Chine.