Pourquoi la Crimée ?
On s'est souvenu de la Crimée lorsqueen 2014elle fut brutalement annexée par Poutinequi n'avait jamais admis qu'elle ait échappé à la Russieen même temps que l'Ukrainedans le grand effondrement de l'URSS.
Dans la guerre qui fait rage depuis trois anselle est un enjeu de taille. C'est que la péninsule est la sentinelle de la mer Noirelongtemps le seul accès de la Russie aux « eaux chaudes »c'est-à-dire jamais gelées et donc navigables toute l'année. C'est pour cela que Catherine II y fit construire un port moderneà la hauteur de sa puissancequ'elle inaugura en 1783 : Sébastopol. En passant les Détroits (le Bosphore et les Dardanelles)ses bateaux accédaient à la Méditerranée.
C'est aussi là quependant trois ansau milieu du XIXe siècle (1853-1856)se déroulèrentsur terre et sur merles plus violents combats d'un conflit qu'on finit par appeler « guerre de Crimée ». Tout commença par une obscure querelle de clés d'Église et de gardiennage des Lieux saints en Palestine. C'est quedepuis 1453 et la chute de Byzancece sont les Ottomans qui tiennent les Détroitsetjusqu'au delta du Danubela rive sud de la mer Noire. Le duel au sommet entre Russes et Ottomans a duré quatre cents ans. La « guerre de Crimée »qui éclate en 1853ne futà son débutque la « dixième guerre russo-ottomane ».
La nouveautéc'est quecette foisles Européens s'en mêlentdonnant au conflit une autre dimension. Puisque « L'Orient s'écroule » (Lamartine)il s'agit de contrer les ambitions russesaiguisées par l'affaiblissement manifeste d'un Empire ottoman que le très arrogant tsar Nicolas Ier n'appelle plus que « l'homme malade de l'Europe ». Les premiers engagementsen 1853de faitsont désastreux pour les Turcs.
C'est alors que Napoléon IIIfrais empereur à la recherche de la gloire militaireet Palmerstonau nom de la reine Victoriaentrent dans le jeu. Au printemps 1854 (mars)ils se portent à la rescousse du sultanavec l'espoir de maintenirbien au-delà des Lieux saintsleur présence et leur influence dans un empire quiau Proche-Orienta encore de beaux restes. Cavourespérant trouver là un soutien pour la cause de l'unité italienneenvoie 15 000 hommes.
Il n'allait encore pas de soi que la Crimée fût l'épicentre du conflit. Mais les offensives alliées en Baltique ou en mer Blanche se heurtèrent vite à la puissance de la défense russe - et les fronts du Danube et du Caucase demeurèrent secondaires. Restait Sébastopol quidès octobre 1854concentra les attaqueset résistapendant onze moisdans un brouillard de sang et de neige qui inspira à Tolstoïjeune officier de 26 ansses sublimes et tragiques Récits de Sébastopol.
C'est donc en Crimée que se déchaîna la violence des combats. Les pertes furent énormes : 700 000 morts au moins. Les trois quarts moururent de maladiesdans des hôpitaux de campagneoù les médecins firent l'apprentissage de la gestion d'une crise sanitaire.
Autour de Sébastopolles populations vivent un autre martyre. La péninsulemajoritairement peuplée de TatarsTurco-Mongols installés là depuis la conquête mongole du XIIIe siècleest déclarée suspecte et livrée aux représailles des cosaques. Par dizaines de milliersles réfugiés fuient vers le sud. En attendant les déportations. La Crimée doit être russe et chrétienne. La Russie saura transformer la défaite en sacrifice patriotique.
La guerre au loin a passionné les populations. A ParisNapoléon III savoure sa victoire et émaille sa capitale de souvenirs glorieux : Zouave du pont de l'Almafort de Malakoffboulevard Sébastopolla République décidera d'en conserver les traces. Mais on a un peu oublié la Crimée. On a tort. Depuis la Peste noirec'est par làplusieurs foisque nous sont arrivées de grandes catastrophes.





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